LES PILOTES
DE L'IROISE
ROMAN MARITIME
PAR ÉDOUARD CORBIÈRE
Auteur du Négrier.
1832.
1
Trouvaille en Mer.
Un jour que la brume d'automne, chassée par un vent d'Ouest assez fort, commençait à s'étendre sur les flots qui s'agitent presque continuellement entre l'île d'Ouessant et le terrible Raz-des-Saints, une petite barque de pilote, surmontée d'une misaine et d'un taille-vent, tournoyait au milieu des lames, dans le passage de l'Iroise, attendant les navires qui voudraient entrer à Brest ou relâcher à Camaret.[1]
Note 1:[ (retour) ] Les navires qui entrent à Brest y arrivent par une des trois passes suivantes: celle du Raz-des-Saints, formée par la côte du Sud-Est et l'île des Saints; celle de l'Iroise, comprise entre l'île des Saints et Ouessant: c'est la plus large et la moins dangereuse; et enfin celle que forme Ouessant et la terre du Conquet: cette dernière se nomme le Passage du Four.
En courant ça et là des bordées, tantôt au Nord-Nord-Ouest, tantôt au Sud-Sud-Ouest, le vieux patron du bateau s'entretenait gravement, la barre en main, avec les deux marins qui composaient son équipage. C'étaient tous trois de ces hommes simples, moitié cultivateurs, moitié matelots, comme la plupart de ces braves gens qui naissent sur les îlots et les rivages de la Basse-Bretagne. L'île d'Ouessant, posée avec son phare célèbre, à sept lieues de Brest, en sentinelle avancée de l'Océan, était la patrie du pilote Tanguy et de ses deux compagnons. La conversation qu'ils avaient entamée en bas-breton, en courant leurs bordées, roulait sur différents objets, monotone et inconstante, comme les vagues qui battaient la petite barque.