—Ah grands dieux! commandant, est-ce que, par la bonté divine, vous seriez des pirates? Le ciel en soit loué! Vous pouvez nous assister, et nous partagerons.

—Voyons un peu ce que tu veux dire. Accoste à bord avec ton bateau, et si tu es un bon enfant, nous pourrons faire des affaires ensemble... Envoyez une amarre devant à cette embarcation, et ne laissez monter à bord que le patron.

Une fois arrivé sur le pont du navire, le patron Raphael adressa ces mots au capitaine Rodriguez, après lui avoir fait trois humbles saluts et lui avoir souhaité la bénédiction de Dieu:

«Il faut que vous sachiez, mon commandant, qu'un gros trois-mâts espagnol a relâché pour une voie d'eau, à la Marguerite. Il a fallu mettre sa cargaison à terre pour l'abattre en carène. Dès que la réparation a été faite, nous avons été employés à refaire son arrimage, car nous sommes tous de pauvres arrimeurs à une gourde par jour. A présent que ce navire se dispose à partir, nous nous sommes associés pour louer cette chaloupe, et venir l'attendre, armés de carabines, afin de l'enlever. Comme il a des barils de piastres à bord, et que nous savons où ils sont placés, nous ne serons pas embarrassés de les trouver.

—Où allait ce navire? Combien d'hommes d'équipage a-t-il?

—Il va à Campêche. Il a vingt hommes d'équipage, mais des mollasses, qui ne demandent pas mieux que de se laisser prendre. Tenez, à présent que nous approchons de terre, vous pouvez découvrir sa mâture, dans cette petite fente de la côte, là, dans le Nord-Est du compas...

—Eh bien, sais-tu, patron Raphael, ce qu'il nous faut faire pour ne donner aucune défiance au capitaine de ce bâtiment, qui craindrait d'appareiller peut-être, après avoir vu un brick de ma façon?

—Non, mon commandant; mais je m'en rapporterai à vous, et j'écouterai vos conseils, comme si c'était la bonne vierge Sainte-Marie qui me parlât par votre noble et sincère bouche: In nomine patris, filii et spiritûs sancti, amen!

—Fais-nous grâce de tes prières, et écoute-moi.

—Je vous écoute, illustre commandant