—Eux? me répondit en soupirant mademoiselle Zirou, je les crois capables de tout, hors le bien.

—Quoi, le capitaine Salvage pourrait?…

—Faire comme les autres. Et pourquoi pas? Ce n'est pas le troupeau sain qui guérit la brebis galeuse: c'est la brebis galeuse, au contraire, qui empeste le troupeau sain.

—La brebis galeuse! oui, je vous comprends, c'est ce maître Bastringue avec son vilain poignard.

—Lui! ah bien oui! c'est un gros matelot qui crie plus fort qu'il n'en fait. Le pire des trois, c'est celui qu'ils appellent frère José; l'esprit de l'enfer descendu sur terre dans le corps d'un mauvais petit prêtre manqué.

—Et ce papier qu'ils ont laissé dans vos mains, qu'en ferez-vous?

—Mais, je le garderai, tiens! Peste! il ferait beau leur manquer de parole à ces compères là! Vous n'avez donc pas entendu ce que m'a dit le capitaine avant de m'embrasser? Ah! mon cher petit monsieur, si, comme moi, vous aviez connu pendant une partie de la dernière guerre, tous les corsairiers de la colonie, vous sauriez qu'il ne faut jamais plaisanter avec eux, quand ils n'ont que l'air de rire.

—Et que vont-ils faire et devenir à présent ces malheureux?

—Dieu seul le sait; mais ils me tromperaient bien s'ils faisaient ou s'ils devenaient quelque chose de bon.

Notre dialogue nocturne sur le compte des pirates, s'arrêta là. Mon interlocutrice, en prononçant ces derniers mots, s'était endormie très sérieusement pour cette fois, en rêvant peut-être aux trois terribles pratiques qui venaient de nous quitter.