Le maître s'avança alors vers le délinquant, et après lui avoir reproché son imprévoyance et lui avoir donné deux ou trois bonnes tapes sur les oreilles, il revint reprendre sa place et continuer la narration que cet acte de sévérité avait un instant interrompue.
«Je vous disais donc tout à l'heure, reprit-il, que la douceur dans les chefs était ma consigne. C'est toujours comme ça que j'ai pensé et agi. Mais revenons à ce qui se passait à bord du Mange-Tout.
«Je crois déjà vous avoir récité que nous n'avions rien trouvé à gratter sur mer, depuis notre départ du bas de la rivière de Bordeaux. Cependant, au bout de quinze à vingt jours ou un mois, plus ou moins, de croisière d'embêtement, voilà qu'on aperçoit à bord, du côté de l'île de Madère, ma foi! dans les parages où nous nous trouvons à peu près actuellement, un navire ou deux; car on ne savait pas trop bien encore si c'était un seul bâtiment, ou s'il y en avait plus d'un. La vigie du grand mât cria d'abord:
—«Voilà que je vois quatre mâts sous le vent à nous.
—«C'est deux bricks bout à bout, dit le capitaine.
—«Oui, répondit la vigie, ça m'a l'air de deux bricks; mais les quatre mâts de ces deux bricks ne sont pas séparés deux à deux. C'est quasiment comme si c'étaient quatre mâts sur le même navire.
«Le capitaine et les officiers se pommoyèrent sur les barres pour y voir mieux avec leurs longues-vues.
«Les quatre mâts étaient toujours plantés à égale distance avec leurs voiles orientées au plus près, et courant la même bordée.
—«Tiens, se mirent à crier quelques-uns des malins du gaillard d'avant, car il y a toujours des plus malins que les autres à bord de tous les navires, si c'était le corsaire le Quatre-Mâts qui est appareillé quelques jours avant nous de la rivière[1]?
—«Quatre-Mâts ou non, fit notre capitaine, je veux en avoir le cœur net.