Les traditions normandes qui s’étaient propagées dans l’Ile-de-France s’éteignent dans les premières années du XIIIᵉ siècle. A Châlons-sur-Marne, la nef de la cathédrale est encore accompagnée de bas côtés à deux étages; mais la galerie haute, voûtée, rétrécie, montre la fin de cette disposition traditionnelle.

L’influence de la coupole s’est maintenue plus longtemps par le parti adopté pour la construction des voûtes. Langres le prouve par la forme bombée de ses voûtes, qui, malgré leur plan rectangulaire, semblent être une copie réduite des nefs angevines.

Les nefs de Sens et de Bourges sont encore voûtées

Fig. 40.—Cathédrale de Sens. Plan d’une travée.

Voûtes sur plan carré comprenant deux travées.

sur plan carré reportant, par la croisée d’ogives, les charges des voûtes de deux en deux piles, la pile intermédiaire ne soutenant que l’arc-doubleau, de secours, dont nous avons déjà parlé. Cependant les arcs-boutants extérieurs sont semblables, aussi forts pour les piles principales que pour les piles intermédiaires, disposition plus prudente que logique, qui prouve une fois de plus avec quelle défiance les constructeurs employaient ce système de soutènement extérieur, caractérisé par un arc libre exposé à tous les dangers des intempéries, l’existence même de l’édifice étant subordonnée à la durée d’un étai aussi fragile.

La cathédrale de Sens est un exemple d’une nouvelle transformation qui s’opère par la suppression de la galerie haute des collatéraux. Les bas côtés sont voûtés et couverts par une toiture en appentis; l’arc-boutant à simple volée s’élève au-dessus et vient contrebuter les voûtes de la nef centrale. L’édifice est solidement établi; sa structure est savante, mais elle est aussi illogique qu’à Laon et à Paris, parce que les arcs-boutants qui sont égaux extérieurement ne répondent pas à leurs véritables fonctions, puisque les poussées intérieures ne sont pas égales.

Fig. 41.—Cathédrale de Sens.—Coupe d’une travée de la nef.