A l’extrémité de la nef de la basilique, au centre du chalcidique, ou transsept, donnant au plan basilical la forme d’un T ou d’un Tau—figure symbolique vénérée des chrétiens parce que le Tau était l’image de la croix—se trouvaient l’autel, le sanctuaire et la place des diacres et des sous-diacres. L’autel était placé au milieu, entre l’hémicycle, ou abside, et l’arc triomphal s’ouvrant sur la nef. L’hémicycle, ou abside, qui avait été jadis le tribunal, devint pour les chrétiens le lieu réservé aux prêtres ordonnés—presbyterium. Un banc circulaire interrompu au milieu par un siège plus élevé—consistorium,—contournait le mur circulaire du fond, et la place éminente—suggestus—était celle de l’évêque ou du dignitaire qui le remplaçait.

Cette partie de la basilique changea encore de destination; elle cessa d’être le presbyterium pour devenir le martyrium, c’est-à-dire le lieu qui recevait le corps du saint, patron de la basilique, ou la relique à qui s’adressait particulièrement la dévotion des fidèles; cet usage existait déjà avant l’an 500, dans la première basilique de Saint-Martin à Tours.

L’abside primitive n’était éclairée que par le jour venant de la nef ou du transsept. Transformée en martyrium, elle fut non seulement percée de fenêtres, mais encore, suivant certains auteurs, elle aurait été ajourée et même ouverte à sa base, afin d’être mise en communication avec une galerie basse qui la contournait. De sorte que la disposition si caractéristique des églises du moyen âge remonterait au Vᵉ siècle.

Par la suite, lorsque l’usage prévalut de placer l’autel au fond de l’hémicycle ou abside, les sièges furent disposés en avant pour l’évêque, les prêtres et les chantres—pour le chœur.—Dans les églises monastiques, bâties selon la tradition latine, le chœur était le plus souvent établi dans la croisée du transsept ou, si le plan de l’église était plus simple, dans la nef. Il en était séparé par des cloisons basses, de pierre ou de marbre. On trouve même des exemples de deux chœurs: l’un à l’orient et l’autre à l’occident.

Dans les premières églises construites à l’époque dite romane, le chœur était limité à l’espace compris entre les piliers de la croisée du transsept; il prit bientôt un développement considérable, surtout dans les grandes églises monastiques. Les religieux entouraient le chœur et le sanctuaire de clôtures en pierre ou en bois, disposées entre les colonnes du pourtour, et ils fermèrent l’entrée vers la nef par un jubé, dont la partie supérieure était accessible aux clercs, pour la lecture de l’épître et de l’évangile. Les évêques, n’ayant pas les mêmes motifs que les religieux pour clore le chœur de leurs cathédrales, voulurent au contraire offrir aux fidèles de larges espaces dans lesquels les cérémonies se développaient librement.

Les architectes de la fin du XIIᵉ siècle et du commencement du XIIIᵉ construisirent de grands édifices selon ces idées; cependant celles-ci se modifièrent encore, car on voit sous le règne de saint Louis, et surtout plus tard, les chœurs des grandes cathédrales s’entourer comme ceux des églises monastiques de clôtures hautes en pierre protégeant les rangées de stalles fixes en bois, ornées de dossiers surmontés de dais richement sculptés.

Parmi les chœurs les plus célèbres, on peut citer ceux des cathédrales de Paris, d’Amiens, de Beauvais, d’Auch, de Spire, de Worms, de Burgos, de Lincoln, de Cantorbery, etc., etc. Mais, afin de donner satisfaction au peuple auquel les clôtures dérobaient la vue des cérémonies du culte qui se faisaient dans le chœur, on éleva autour du chœur et du sanctuaire des chapelles, ménagées dans le mur de l’abside et dans les bas côtés de la nef.

Chapelles.—Dès la fin du Xᵉ siècle, suivant M. de Caumont, on voit quelquefois les bas côtés conduits tout autour du chœur et du sanctuaire, et communiquant avec lui par des arcades portées sur des colonnes; ces bas côtés durent dès cette époque donner asile à quelques chapelles. Au XIᵉ siècle, l’allongement du chœur et ces dispositions devinrent d’un usage général dans les grandes églises; elles apportèrent des modifications importantes dans le plan des églises. L’église de Vignory, qui date du Xᵉ siècle[38], montre une abside cantonnée de trois chapelles, dont le plan rappelle celui du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

L’église de Saint-Savin, bâtie au XIᵉ siècle, a cinq chapelles autour du chœur, et les églises d’Auvergne, Notre-Dame-du-Port à Clermont, de Saint-Paul à Issoire, entre autres, qui remontent au commencement du XIIᵉ siècle, présentent à ce sujet des particularités fort intéressantes. Ce qu’il faut remarquer, c’est l’importance donnée à l’abside des édifices religieux élevés à cette époque par l’ensemble de ces chapelles rayonnant autour du chœur.

Ces chapelles absidales ne consistent, en général, qu’en une demi-tour ronde, voûtée en quart de cercle et percée d’une ou de plusieurs fenêtres cintrées. A l’extérieur, elles sont souvent plus ornées, par des moulures, des modillons et même par des pierres de couleurs diverses, incrustées dans les parements. On voit rarement, à l’époque dite romane, des chapelles élevées entre les contreforts des bas côtés des nefs, mais un grand nombre d’édifices religieux de cette période en furent pourvus à une date postérieure.