Pendant toutes ces luttes de l’intelligence contre l’ignorance s’accomplissait une révolution sociale: l’affranchissement des communes, qui eut une portée immense sur les sciences, les arts, la vie matérielle et, en un mot, sur les mœurs du pays.

L’architecture, expression fidèle de tout état social, née aux temps dits païens, s’était christianisée par sa culture dans les abbayes et elle avait pris un essor étonnant que nous avons étudié dans l’architecture religieuse. Mais si l’ascension de l’architecture de ce temps avait été rapide, vertigineuse, sa décadence fut profonde, parce qu’elle était la conséquence d’un affranchissement trop radical des traditions antiques qui avaient établi et affirmé sa supériorité dès les premiers siècles du moyen âge.

L’abbaye de Cluny fut bientôt trop étroite pour le nombre de ses moines. Saint Hugues en entreprit la

Fig. 134.—Abbaye de Cluny.—Plan.

reconstruction dans les dernières années du XIᵉ siècle, et le moine Gauzon, de Cluny, en commença les travaux en 1089, sur des plans beaucoup plus vastes et de proportions si magnifiques que l’église de la nouvelle abbaye passait pour être la plus grande de tous les monastères de l’Occident.

Le plan (fig. [134]) indique les dispositions de l’abbaye à la fin du siècle dernier, alors que les bâtiments réguliers avaient déjà été reconstruits quelque temps auparavant. Cependant l’église existait encore; commencée par le chœur du temps de saint Hugues, elle n’aurait été consacrée qu’en 1131. La chapelle qui la précède à l’ouest ne fut achevée qu’en 1228 par Roland Iᵉʳ, vingtième abbé de Cluny.

En A se trouvait l’entrée de l’abbaye, porte gallo-romaine qui existe encore. En avant de l’église, en B, des marches aboutissaient au parvis orné d’une croix de pierre; puis un large degré conduisait à l’entrée de la chapelle, en C, ouverte entre deux tours carrées; celle du nord, destinée aux archives, et celle du sud, dite de la Justice. L’église antérieure ou chapelle, en D, paraît avoir été destinée aux étrangers et aux pénitents, qui ne pouvaient pénétrer dans les lieux réguliers; c’était la chapelle des étrangers, séparée de l’église abbatiale, de même que les logements des hôtes étaient séparés des bâtiments destinés aux religieux, qui ne devaient avoir aucune relation avec le dehors; en E était la porte de l’église abbatiale, qui ne s’ouvrait que pour les grands personnages admis exceptionnellement dans le sanctuaire de l’abbaye.

A Cluny, de même qu’à Vézelay, une des filles de Cluny, l’église antérieure, c’est-à-dire la chapelle des étrangers que l’on trouve dans toutes les abbayes bénédictines, avait les proportions d’une véritable église