Fig. 145.—Chartreuse de Villefranche de Rouergue.—Plan.

chartreux vivent en anachorètes; ils doivent travailler, manger, dormir isolément; le silence leur est imposé et lorsque les religieux se rencontrent, ils doivent se saluer sans parler; ils ne se réunissent qu’à l’église pour les offices déterminés par la règle et ils ne prennent leurs rares repas en commun qu’à certains jours de l’année.

Cette règle d’une sévérité si absolue explique l’austérité de l’architecture qui ne s’est manifestée, ainsi que nous l’avons dit, qu’au XVᵉ siècle et seulement

Fig. 146.—Chartreuse de Villefranche de Rouergue.—Vue cavalière.

dans quelques parties du monastère comme l’église et les galeries du cloître intérieur, contrastant avec la sévérité obligatoire du grand cloître des religieux.

L’ancienne chartreuse de Villefranche de Rouergue, élevée ou reconstruite aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, conserve encore quelques constructions remarquables; le plan et la vue cavalière (fig. [145] et [146]), tirés de l’Encyclopédie de l’architecture et de la construction, donnent une idée exacte du monastère dont il reste plusieurs cellules des religieux, ainsi que le réfectoire et quelques vestiges des constructions primitives.

Malgré la sévérité de la règle de saint Bruno, quelques monastères de son ordre sont restés célèbres, notamment celui que les chartreux appelés par saint Louis établirent dans le fameux château Vauvert, hors des murs de Paris, près de la route d’Issy, château qui passait pour être hanté par le diable et dont les Parisiens n’approchaient qu’avec terreur. D’où est venue l’expression populaire: aller au diable Vauvert, ou, plus tard, aller au diable au vert. Cependant les chartreux fondèrent leur monastère, qui fut enrichi d’une magnifique église construite par Pierre de Montereau et dont saint Louis vint poser la première pierre en 1260. La chartreuse de Vauvert prit un grand développement et devint une des plus importantes. C’est dans le petit cloître qu’au commencement du XVIIᵉ siècle le peintre Eustache Le Sueur retraça, dans des fresques célèbres, la vie de saint Bruno.

En Italie, les chartreuses les plus connues sont celles de Florence, créée vers le milieu du XIVᵉ siècle et attribuée à Orcagna pour une partie; de Pavie, fondée à la fin du XIVᵉ siècle par Jean-Galeas Visconti.