Les premiers édifices romans portent encore la marque de l’hésitation et des craintes des architectes, mais aussi l’expression de leur volonté de résoudre le problème, difficile et complexe, du voûtement général. La première partie de ce problème, la plus facile, était résolue déjà par l’emploi de la voûte d’arête pour la couverture des bas côtés; il restait à couvrir le vaisseau principal et, pour augmenter les probabilités de durée, les architectes romans ne donnèrent à la nef qu’une largeur à peu près égale à celle des bas côtés; ils couvrirent cette nef par une voûte en berceau et, pour neutraliser l’action de la poussée sur les murs latéraux, ils élevèrent les arcs des bas côtés jusqu’à la naissance du berceau central, de manière que les voûtes d’arête qui couvraient ceux-là vinssent contrebuter solidement celui-ci.

FIG. 132.

ÉGLISE DE SAINT-SAVIN (FRANCE). (Plan.)

L’église abbatiale de Saint-Savin a été construite, vers la fin du XIᵉ siècle, d’après cet ingénieux système. La nef est formée par deux rangées de hautes colonnes composées d’assises cylindriques et couronnées par des chapiteaux naïvement sculptés; elles portent des archivoltes formées par la pénétration du berceau des bas côtés croisés transversalement et longitudinalement; sur ces arcs ou archivoltes reliant les colonnes retombe le berceau en plein cintre sur-haussé de la nef. Le plan et la coupe, fig. 132 et 133, indiquent ces dispositions.

FIG. 133.—ÉGLISE DE SAINT-SAVIN.

(Coupe transversale.)

Les murs s’élèvent longitudinalement au-dessus des reins du berceau central qu’ils chargent pour neutraliser les effets de la poussée latérale, et supportent la charpente du comble de l’édifice.

Par suite de ce parti architectonique, si le plan rappelle encore la basilique latine, l’élévation s’en écarte par la suppression des galeries hautes et celle des fenêtres ménagées dans la partie supérieure de la nef. Celle-ci n’est plus éclairée alors que par les jours ménagés dans les murs extérieurs des collatéraux, et insuffisants, surtout dans les pays du nord, pour répandre la lumière nécessaire au centre de l’édifice; mais nous verrons plus tard les constructeurs romans résoudre encore cette difficulté et trouver les moyens d’ajourer la partie haute des églises.