Les églises de Saint-Nicodème et celle du monastère de Daphni, élevées à Athènes, ou près de cette ville, au Xᵉ siècle, ressemblent par leur plan et leur architecture à l’église de la Mère de Dieu—Agia Théotocos,—bâtie vers le IXᵉ siècle à Constantinople et à celle des SS. Serge et Bacchus qui remonte au VIᵉ siècle.

En Russie, l’action de l’art byzantin a commencé avec le christianisme grec. Jusqu’au Xᵉ siècle les Russes ne connaissaient guère que les constructions en bois. Ce furent des architectes byzantins qui élevèrent les premières églises en pierre et des peintres byzantins qui les décorèrent. Mais l’art russe prit rapidement un caractère particulier et les éléments grecs se mêlèrent à d’autres, d’origine orientale, occidentale et asiatique; la coupole ne repose plus sur des pendentifs sphériques, mais sur une série d’arcs ou de trompes superposés passant du carré au cercle; sa forme extérieure devient bulbeuse et l’architecture, tout en montrant encore des réminiscences perses ou indiennes, prend bientôt le caractère original qu’elle a heureusement conservé.

L’influence byzantine s’est manifestée en Allemagne dès le VIIIᵉ siècle et il est permis de croire que Charlemagne y contribua puissamment. «Les Carolingiens étaient en relations continues avec les empereurs de Constantinople[36]». On sait que des objets d’art parvenaient de Byzance en Occident; un évêque de Cambrai, Halitcharius, envoyé comme ambassadeur à Constantinople, en rapportait des ivoires sculptés; les tissus orientaux étaient fort recherchés, laïques et clercs aimaient à s’en parer, et des fragments s’en rencontrent encore dans les tombes et les châsses du temps.

On sait également que la chapelle du palais de Charlemagne, à Aix, commencée à la fin du VIIIᵉ siècle et terminée dans les premières années du IXᵉ, a été inspirée de l’église de Saint-Vita à Ravenne, construite au commencement du VIᵉ siècle, à l’imitation du Temple d’or, bâti à Antioche par Constantin, et qui passe avec raison pour être un exemple parfait de l’art byzantin. (Voir à ce sujet les figures [66] et [67] concernant Saint-Vital de Ravenne, qu’il est intéressant de comparer avec les figures [83], [84] et [85], relatives à l’église d’Aix-la-Chapelle.)

Un grand nombre d’églises s’élevèrent dans la vallée du Rhin; on y peut suivre, sinon par la reproduction exacte des plans et des formes, du moins par le mode de construction, la tradition byzantine des architectes d’Aix-la-Chapelle.

«En 972, le fils d’Otton Iᵉʳ, le futur Otton II, épousait une princesse grecque, Théophano[37].» Avec elle des artistes byzantins arrivèrent, dit-on, en Germanie et initièrent les Allemands à la connaissance de leur art et de leur mode de construire.

En France, l’art byzantin a laissé moins longtemps qu’en Italie ses traces originelles; mais son influence est visible dans les deux pays et les grandes églises de Venise et de Périgueux, à peu près contemporaines, attestent toutes les deux leur filiation orientale. Seulement la même idée s’est traduite différemment dans les deux pays; en Italie, Saint-Marc est la copie d’une œuvre byzantine[38] construite selon les méthodes romaines; il est resté une importation, une œuvre unique ou à peu près, qui n’a eu que fort peu de rayonnement autour d’elle.

Tandis qu’en France, Saint-Front reproduit bien les dispositions de son modèle oriental[39], sa construction est toute différente et manifeste une plus grande science dans l’art de bâtir.

Les architectes aquitains, qui possédaient de longue date les traditions syriennes, s’assimilèrent les procédés de l’art byzantin, comme ils s’étaient déjà familiarisés avec ceux de l’antiquité romaine. Ces divers éléments, perfectionnés par eux et appropriés à leur mode de construction dans lequel la pierre se montre dans toute la simple beauté de ses combinaisons savamment appareillées, formèrent bientôt un art de bâtir, nouveau en Europe après l’an 1000.

Cet art nouveau, ayant un caractère personnel, original, exerça à son tour une influence très considérable sur l’architecture romane et il fut certainement une des causes principales du développement extraordinaire qu’elle prit dès la première moitié du XIᵉ siècle.