En effet, les constructions romanes, qu’elles aient été faites avec toute la perfection possible ou qu’elles aient été grossièrement traitées, portent toutes la marque visible de l’appareil romain, preuve certaine de la puissance des traditions, si fortes qu’elles entraînaient les constructeurs romans à imiter les pratiques romaines, même dans ce qu’elles avaient de plus naïvement pittoresque, car on exécute encore au XIᵉ siècle des revêtements réticulés ou en arêtes de poisson, ainsi que des chaînes en poteries ou en galets dans les maçonneries faites à la romaine.
L’ornementation romane est également imitée de l’antique; les moulures et les sculptures accusent ou décorent les membres d’architecture aux mêmes points où les Romains avaient coutume d’appliquer ces ornements ou, plus exactement, ces accents caractéristiques.
La différence n’existe souvent que dans l’exécution des ouvrages, grossièrement ou maladroitement imités dans les pays du nord ou traités, dans les régions du midi de l’Europe, avec une si grande perfection qu’ils arrivent à ressembler complètement aux édifices bâtis par les Romains.
Il faut remarquer que l’appareil est souvent peu apparent parce qu’il est recouvert d’un enduit ou d’un badigeon épais et que la décoration sculpturale fait complètement défaut, soit par suite de la simplicité de l’édifice, soit parce que des peintures murales ont remplacé, dès l’origine, les ornements plastiques. Dans tous les cas, ces détails n’ont qu’une valeur relative, car ils ont été employés aussi bien par les architectes romains que par les constructeurs romans qui les ont imités.
«Tout cela ne constitue pas l’architecture romane qui n’est qu’une manière d’être particulière de la construction et dont le caractère ne peut tenir qu’aux dispositions fondamentales des édifices et aux lois d’après lesquelles les pleins et les vides s’y montrent combinés[43].»
Le principal caractère de l’architecture romane, c’est la voûte.
Les Romains connaissaient la voûte, et trois des formes qu’ils avaient employées furent appliquées par les romans: la voûte en berceau, la voûte d’arête et la coupole.
Les basiliques romaines étaient lambrissées, couvertes par une charpente apparente formant tout à la fois le plafond et la toiture de l’édifice.
Les premières basiliques chrétiennes, bâties à la romaine, furent une imitation de cette disposition; mais le contraste entre les deux architectures et le point de départ de toutes les différences qui les séparent se manifestent par l’application de la voûte.
«Les églises romanes sont voûtées, couvertes sous leur toiture par des constructions de formes diverses où les pierres sont tenues enchaînées dans le vide[44].»