Un grand nombre d’églises construites vers la première moitié du XIᵉ siècle conservèrent longtemps, surtout dans les pays du nord de l’Europe, aussi bien en Allemagne qu’en France, les traditions basilicales, tout en adoptant les lois de la construction nouvelle; cependant ces premiers ouvrages témoignent encore de la grande timidité des constructeurs, principalement en ce qui touche au voûtement des grandes nefs. La voûte d’arête, celle en quart de sphère et même les petites coupoles leur étaient déjà familières et l’emploi fréquent; mais on voit qu’ils hésitèrent longtemps, en raison des accidents nombreux qui avaient marqué les premiers essais, et qu’ils cherchèrent longtemps la formule du système de construction qu’ils devaient si bien appliquer dès le siècle suivant.
Aussi les architectes du XIᵉ siècle adoptèrent-ils divers modes de construction pour les églises. Les unes avaient leurs nefs et leurs bas côtés couverts en bois, comme à Vignory (fig. [103] et [104]); les autres conservaient seulement une charpente apparente sur la nef centrale et couvraient les bas côtés par des voûtes d’arête et les absides et absidioles par des voûtes en berceau et en quart de sphère.
Au centre des édifices bâtis vers cette époque s’élevait généralement une tour-lanterne[56], portée sur les arcs triomphaux de la nef, de l’abside et sur les arcs latéraux du transsept; si elle n’indique plus extérieurement, comme dans les premiers temps du christianisme, l’emplacement de l’autel majeur, elle éclaire largement le centre de l’église, en répandant la lumière sur le chœur et le sanctuaire.
Nous avons indiqué les origines des tours-lanternes; elles sont fort anciennes, car nous en voyons un des premiers exemples à Saint-Georges d’Ezra, dans la Syrie centrale[57], construit à la date certaine de 516 de notre ère; puis à diverses églises byzantines, notamment à l’église de Théotocos, bâtie à Constantinople au IXᵉ siècle[58], à l’église palatine d’Aix-la-Chapelle et à celle de Germiny-des-Prés[59].
FIG. 107.—ÉGLISE ABBATIALE DE CERISY-LA-FORÊT, MANCHE (FRANCE). (Coupe transversale de la nef.)
Afin de diminuer la propagation des incendies, la nef était généralement, dans le haut des combles, séparée du reste de l’édifice par un pignon s’élevant au-dessus de l’arc triomphal à l’entrée du transsept et formant une des faces de la tour centrale; c’est une imitation lointaine de l’architecture syrienne que nous avons vue dans la première partie. L’église de Roueiha, dans la Syrie centrale (fig. [47] et [48]), a été construite au VIᵉ siècle; elle présente cette ingénieuse disposition qui, non seulement sépare la nef du transsept et du chœur, mais divise, à l’aide des pignons élevés sur les arcs-doubleaux de la nef, le vaisseau en plusieurs compartiments, afin d’atténuer les effets de l’incendie des charpentes. (Voir Saint-Sernin de Toulouse.)
L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt fut élevée vers 1020 par l’arrière-petit-fils de Rollon, Richard II, duc de Normandie. Elle rappelle les dispositions des basiliques antiques, et surtout celles de la Syrie centrale, par le plan des nefs et des transsepts, et celles des églises byzantines par le prolongement de l’abside et des absidioles adjacentes[60]. Par sa coupe transversale ([fig. 107]), elle ressemble aux églises syriennes, et particulièrement à celles de Roueiha et de Tourmanin[61]. La seule différence consiste dans l’importance plus grande qui a été donnée au transsept par l’adjonction de travées débordant le vaisseau antérieur; chacune de ces travées est terminée par une absidiole voûtée en quart de sphère.
L’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt présente un exemple des édifices bâtis au commencement du XIᵉ siècle par des constructeurs hésitants.
Le chœur, l’abside et les absidioles adjacentes sont voûtés en berceau et en quart de sphère; les bas côtés, couverts par des voûtes d’arête, sont très savamment construits comme les autres ouvrages voûtés; mais la nef seule est couverte en charpente. Chaque travée est marquée par une colonne engagée montant d’un trait du sol à la corniche supérieure, pour recevoir une des maîtresses-fermes de la charpente apparente.