— C’est entendu ! d’ailleurs nous suivrons simplement les guides qui veulent bien se mettre à notre disposition.

Ils arrivaient justement avec leur tandem, qu’ils tenaient préparé depuis onze heures du matin. Un de ces nouveaux compagnons était M. Berrens, qui avait voyagé à bicyclette en Allemagne, et à qui il était arrivé une fâcheuse aventure, racontée alors par les journaux. Pris pour un espion, il fut arrêté, emprisonné, interrogé, mais relâché bientôt après. Délicieux, vraiment !

Vers six heures, on se mettait en route, Van Marke et moi suivant le tandem et sans préoccupation aucune de la direction à suivre.

La nuit n’était pas encore venue. Blidah nous était apparue dans un Éden ; il se prolongeait, cet Éden, à travers les campagnes bientôt éclairées seulement par les lueurs brèves du crépuscule.

Succession ininterrompue d’arbustes verts : les oliviers, les citronniers, les orangers ornaient les abords de la route. Puis, des groupes d’arbres aux teintes sombres, groupes de pins et de térébinthes, des grenadiers, des acacias. Dans l’air calme maintenant couraient des senteurs de jasmins et de lauriers-roses.

Les tandémistes qui nous précédaient remplissaient leur rôle en conscience et nous menaient à une allure folle. Nous suivions docilement, sans nous plaindre, pressés, à mesure que la soirée avançait, d’arriver à Alger.

Les ombres de la nuit déferlèrent rapides, violentes, comme des vagues de grande marée.

Ce fut le moment où l’on traversa Boufarik, dans une vision paradisiaque. Tandis qu’on roulait à grande vitesse, sur la route ombreuse, le ciel incendié par ces lueurs crépusculaires qui parfois lancent des flammes sanglantes aux quatre points cardinaux, soudain on déboucha sur la place centrale de Boufarik.

Une place large, vaste, régulière, avec au-dessus, et la recouvrant en entier, les rameaux des palmiers ; à l’extrémité droite de ce jardin de rêve, l’église apparaissait, sous ce dôme, entrelacée avec de nouveaux palmiers et baignant dans les feuillages verts ; les lueurs rouges descendaient, tamisées à travers les branches, et éclairaient la place d’un vague reflet de pourpre et d’opale.

Quel tableau inouï nous passait devant les yeux ! Quel émerveillement !