—Allons, assez de mystères! commanda Léonie. Vous avez changé, pourquoi? Vous avez souhaité d'être instruit, pourquoi? Il y a un motif, lequel?

—Dispensez-moi...

Ah! ce marquis de Kercoëth, paraître lui avait suffi; voilà ce qui restait de l'édifice.

—On m'a calomniée, hein? Le misérable qui sort d'ici, l'être hypocrite, audacieux, méprisable...

Emportée par la colère, elle ne se surveillait plus. Elle entassait contre Alain d'odieuses accusations, le dépeignait sous un jour abominable et ne prenait pas garde au ravage de ses mots. Lui se labourait la poitrine pour s'obliger au silence. N'y tenant plus enfin:

—Dans aucune circonstance, dit-il, M. de Kercoëth ne m'a parlé de vous. Ce n'est pas lui qui vous a outragée; c'est, hier, la chanoinesse de Guderille; c'est, hier encore, le comte de Lerdre. Celui-ci mêle mon nom à ses infamies. Mais cela est mon affaire, non la vôtre. La vôtre est d'être défendue par moi. J'entends qu'on vous respecte. Le bruit public me donnait pour père le marquis de Kercoëth, et je m'en réjouissais: le bruit public est faux, puisque vous le déclarez un misérable. Je le vénère plus que tout homme au monde, je le trouve, par son martyre, grand parmi les grands; mais je dois vous croire, puisque vous êtes ma mère, et le tuer, puisqu'il vous a flétrie. Je le tuerai.

—Robert!

—Vous ne pouvez m'en dissuader.

—Il a les cheveux blancs.

—Tant pis! s'écria le jeune homme en la foudroyant des yeux. Ce n'est pas un vieillard comme le comte de Lerdre. Je m'imagine que vous hésiteriez à faire de moi un parricide. Vous le désignez à ma fureur, c'est bien pour que j'en tire vengeance. Soyez heureuse, j'y vais.