—Vous êtes vraiment trop aimable. Et je vous remercie beaucoup.

—Pas la peine. Entre vieilles connaissances!... Mais oui, mais oui, monsieur Robert. Je sais votre nom, vous voyez. On croit venir incognito, comme on dit des gros personnages, et, au bout de deux ou trois pas...

Le paysan eut un rire de satisfaction vaniteuse—la vanité de sa bonne mémoire—qui lui fendit la bouche jusqu'aux oreilles.

—D'abord, reprit-il, je me tâtais: «Où diable as-tu rencontré ce bonhomme-là?» Je vous remettais sans vous remettre. Mais, quand vous avez parlé de la Riveraine, peuchère! on n'est pas une bête. Ah! pourtant, vous n'êtes plus le même qu'à l'époque où nous trimions ensemble chez Benoît. Paris vous a rudement profité.

Il lorgnait les vêtements de Robert d'un air moitié goguenard moitié sérieux.

—Un muscadin «d'ores et déjà». Aussi, vous ne vous rappelez plus le premier valet de charrue des Mérilles.

—Attendez donc. Antoine, n'est-ce pas?

—Pour vous servir. Je ne sais trop pourquoi les maîtres vous détestaient, car vous étiez un joli gars. Il m'est venu des idées à ce sujet, mais j'ai eu le tort de les dire tout haut. Benoît m'a flanqué à la porte. L'imbécile! Mieux valait me traiter de bonne amitié et, s'il y avait quelque chose, me fermer la bouche avec une part du gâteau. Trop avare pour cela. Il lui en a cuit. Il a cherché mon pareil, sans le trouver, obligé d'en prendre deux à ma place. Et les Mérilles s'en allaient à la dérive. Sitôt le vieux paralysé, j'y suis rentré. Lorsqu'il mourra, je lui succéderai sur toute la ligne: terres, bêtes et veuve.

—Pouvez-vous me dire comment va madame Laffont?

—Au point du jour, on lui a porté le bon Dieu. Elle doit être morte à cette heure. Attendez-moi, je vais atteler. En un tour de main.