Léonie, plus morte que vive, sanglotait. Ce n'était pas le désespoir tragique d'une affolée, surprise tout à coup en plein bonheur par quelque drame imprévu; c'était l'horrible et silencieux effondrement de toute l'âme dans une crise sans cesse redoutée; c'était, après une vie dont chaque minute s'emplissait d'angoisses, le brisement suprême dans la suprême expiation. Toutes ses énergies s'étaient dépensées à reculer le terme fatal: il arrivait et la tuait.

—Vous souffrez? questionna Blanche, involontairement attendrie.

—Oui, beaucoup, répondit-elle.

—Robert, dit la jeune femme à son mari qui entrait, embrasse-la, elle est malheureuse.

Léonie l'enveloppa d'un regard de tant de gratitude et aussi de prières que Blanche se détourna, gagnée par l'émotion. Comme Dieu punissait la triste créature! Il lui changeait le cœur en un cœur de mère pour déchirer ensuite, une à une, toutes ses fibres. Avant de partir, elle se pencha vers la baronne:

—Il ne saura rien par moi. Les larmes, en vous purifiant, vous ont relevée. Je vous laisse cette dernière consolation de réparer vous-même.

Et Léonie regarda le landau qui les emportait à Lauvigné.

Robert, à sa descente de voiture, trouva le marquis les bras ouverts. Un soleil radieux illuminait cette fin d'après-midi. Les hôtes de la duchesse se groupaient sur la terrasse, à l'ombre des vieux arbres. Le petit Hughes galopait avec Jean-Marie Auvray, autant que le permettait la lourde stature du pêcheur, le long des pelouses embaumées.

—Il a le diable au corps, cet ange, madame Blanche... Vous revenez de là-bas, vous?

—Oui, et je suis bien contente d'y être allée. J'ai vu Justine.