—Reprenez, vous dis-je!
Sa colère produisait sur le vieillard une impression pénible. L'air de chagrin avec lequel il fut obéi le calma tout à coup. Très doucement, il ajouta:
—Remerciez madame de Randières. Informez-la que je refuse. Quant à vous, mon ami, veuillez excuser mon emportement.
Resté seul, il s'assit contre une table, le front dans ses paumes brûlantes. Hélas! il le connaissait, le pain de la charité. Hors le temps si court passé chez Duparc, jamais il n'en avait mangé d'autre. Aux Mérilles, à la Riveraine, aujourd'hui, qu'était-il? un pauvre, vivant de pitié. Jusqu'à présent, il n'avait pas senti crier son orgueil. Trop malheureux chez les Benoît, trop aimé chez les Laffont. Mais ici, tout le blessait comme une injure, tout l'humiliait comme une grâce. Et des larmes ruisselèrent entre ses doigts. Une main toucha son épaule:
—Pourquoi pleurez-vous?
Elle! c'était elle!
—Legouet me quitte à l'instant. Je suis désolée... C'est une restitution, Robert. Pour le repos de ma conscience, acceptez-la.
Il eut envie de crier: «Je vous tiens quitte, laissez-moi en paix!» Il se contenta de répliquer:
—Pour le repos de votre conscience, je suis ici. N'en demandez pas davantage.
—Ah! comme vous vous raidissez contre moi! J'ai tant besoin, au contraire, d'être aimée de vous!