Au point du jour, les Auvray poussèrent une exclamation: c'était, à l'horizon, la voile du père. Il revenait des récifs explorés au large. Yvonne entendit et courut jusqu'au pied de la falaise rompue, débarcadère habituel d'Auvray. En voyant le hardi marin, au lieu de sauter vivement à terre, descendre avec une lenteur embarrassée, elle se mit à trembler de tout son corps. Kercoëth l'étreignit contre sa poitrine, des sanglots qu'il pouvait à peine contenir lui déchiraient la gorge. En cet homme gisait leur dernier espoir. Et quel espoir! un cadavre fait et rejeté par l'Océan. Derrière eux, Annick, Renotte, ses huit gars solides demeuraient immobiles, transis de peur.

Là-bas, dans un évasement des roches, accompagnée d'un serviteur, une femme regardait.

Auvray s'avança d'un pas lourd. Entre ses hautes épaules, la tête ployait vers le sable, immobilisée, dans la pose de toute la longue quête nocturne. A peine osa-t-il la relever en présence du marquis et d'Yvonne. Un rude marin pourtant, aux attendrissements difficiles. Enfin, il se mit à genoux devant Yvonne, comme pour lui demander pardon, et, d'une voix rauque:

—Voilà, dit-il.

C'étaient, trouvés sur le récif de la Corne, à deux lieues au large, le chapeau et le tablier du petit comte Hugues. Yvonne prit les épaves et y enfouit son visage. Tous pleuraient, tant la douleur muette de cette mère était navrante.

Alors, la femme, là-bas, sortit de son observatoire. Elle surgissait de nouveau, la rivale jadis bravée; elle surgissait, ivre encore de haine, les yeux secs devant un pareil deuil, s'en faisant un triomphe.

—Au fond de l'Océan, votre talisman, s'écria-t-elle. Je vous avais prévenue que Dieu vous l'ôterait. L'Océan ne vous le rendra pas.

—Vous voulez donc l'achever! gronda Kercoëth.

Il se tourna, glacé d'effroi, vers Yvonne. Yvonne riait, d'un rire heurté, métallique, intarissable. Il la saisit, la secoua, l'appela:

—Yvonne!... mon Yvonne!...