Il entra chez elle de son air toujours gracieux, s'assit pour causer, comme si le sujet de la conversation allait être la chose la plus naturelle du monde, et lui dit à brûle-pourpoint:
—Vous m'avez fait donner l'ordre de vous accompagner à Paris, je me suis empressé de vous obéir. Maintenant que nous y sommes, voulez-vous me permettre de vous demander les motifs d'un départ si précipité de Karenthal?
La baronne arrangea quelques plis de sa robe et répondit sur le ton d'une indifférence fort bien jouée:
—Je vous expliquerai plus tard.
—Pourquoi pas tout de suite?
—Vous me prenez à un mauvais moment. J'ai la tête ailleurs.
—Il est cependant indispensable que vous m'écoutiez.
—Je vous écoute, mon ami; mais ne me forcez pas de parler.
—Soit!... Eh bien, j'avais un grand intérêt, un intérêt... poignant à rester en Bretagne. Comme Léonie détournait les yeux, il ajouta:—Voulez-vous que je vous dise lequel? Je crois savoir de qui je suis né. Je suis le fils de M. de Kercoëth, n'est-ce pas? Son nom, surtout sur mes lèvres, vous est odieux; mais n'est-ce pas que je suis bien son fils?
Il parlait doucement, presque avec crainte. Cependant ses paroles la glaçaient de terreur. Elle avait tout prévu, hors une attaque directe, la mise en demeure où le silence serait un aveu, où l'aveu serait encore pis que le silence. Lui, croyant lire au fond de cette âme, s'inclina, plein de respect.