»Jeudi 17:—Une heure, rue Stévens; je reste une heure et demie; je bois du café avec elle; le chanteur de la rue; nous dansons; ses jupons se démettent; elle sort pour les remettre; coup de sonnette; elle revient; elle me dit que c'est le charbonnier qui réclame de l'argent; petite explication; je veux bien l'aider mais je pose la condition; rendez-vous demain soir à neuf heures; elle me dit que si elle ne peut être sûre de moi, rien à faire.

»Vendredi 18:—Neuf heures du soir; Louise est seule; Léa a dû dîner en ville; elle reviendra très tard, lettre pour moi........................................»

Voyons cette lettre.

«18 février.

»Je regrette de ne pas me trouver chez moi ce soir. La situation dans laquelle je suis et que vous connaissez ne me laisse aucune indépendance; si j'avais pu compter sur ce que vous m'aviez promis, je serais restée; mais il me faut absolument sortir de ce mauvais pas tout de suite. Dois-je compter oui ou non sur votre bon vouloir? Si, comme je le pense, vous m'avez tenu parole, remettez à Louise ce que vous m'auriez remis à moi-même et dimanche à une heure je vous en remercierai.»

Cette incompréhensible fille me manque parce qu'elle croit que je ne lui donnerai rien, et elle veut que je donne quelque chose à sa femme-de-chambre. Rangeons bien à leur place ces lettres.

«Vendredi 18:—Neuf heures... Léa a dû dîner en ville... lettre pour moi......................»

Celle-là.

«... je refuse tout argent; supplications de Louise, promesses; Louise me prie que je pense au moins à elle; elle a sa fille en nourrice à Auteuil et elle attend ses gages pour payer la pension en retard; elle me conte que Léa est malheureuse. Je déclare nettement que Léa se moque de moi, que je ne donnerai plus un sou avant qu'elle n'ait tenu sa parole. Je pars en laissant vingt francs à Louise.»

Et là s'arrêtent mes procès-verbaux; quel dommage; je n'ai que le commencement de l'histoire. Le lendemain, le samedi? le lendemain samedi Léa s'est décidée à m'accorder ses faveurs; un après-midi, je me rappelle, une belle journée de soleil; je lui ai donné les deux cents francs dont elle avait besoin; ce faisait une somme assez ronde pour un baiser; c'est le diable aussi, quand une fois on est pris dans la chaîne, que couper court; et puis, recommencer avec une autre femme la même série, éternellement; il fallait aboutir de celle-là; on s'obstine; j'ai bien fait. Elle avait pris le soin de fermer à clé la porte du salon; j'avais juste deux cent cinq francs; le soir je lui ai envoyé des roses; j'ai été alors pour la première fois chez Hanser-Harduin; ils ont une vendeuse bien jolie, à l'air exquisément de se moquer du monde; j'irai bientôt acheter des fleurs; étonnante fille, cette petite fleuriste.