La dernière allumette s’éteignit. Il appela encore ; rien. On distinguait à peine le chemin. Tous deux se tenaient par la main ; ils allaient devant, en suivant le mur. Par instants, la petite main de la jeune fille serrait la sienne ; il se sentait des battements de cœur ; sans savoir, sans chercher pourquoi, il lui passait comme des étourdissements…

— Les portes des loges ne sont pas fermées dit très bas Amélie.

— Si nous entrions ?

Il disait n’importe quoi, pour parler ; il entendit un petit Oh ! mal indigné et gentil qui lui répondait. Comme dans une peur qu’elle aurait éprouvée, elle lui pressait les doigts. Il ne savait plus où il en était. D’un mouvement, il saisit la main d’Amélie entre ses deux mains.

— Monsieur Marcelin ! fit-elle encore plus bas, d’une sorte de reproche.

Elle l’avait laissé faire. Il n’avait qu’à garder cette main qui s’abandonnait, il se le dit à lui-même. Elle le regarda de nouveau. Une angoisse de timidité le poignait à la gorge. Il se sentit stupide, et s’arrêta ; cela dura une seconde. A ce moment, tout à coup, il distingua devant lui, au bout du couloir, la clarté du dehors, la porte de la rue ; il eut un cri de soulagement, du fond du cœur…

— Voilà !

Ils étaient dehors, sur les marches. Le cœur lui battait violemment.

— Paul et mademoiselle Blanche sont partis, fit-il.

Amélie prit son bras en silence, et ils se dirigèrent vers la maison. Il considérait les rues, le ciel, les arbres dans les jardins ; et, maintenant, la certitude lui venait de n’avoir pas trop agi comme il aurait pu agir ; et, aussitôt, ce fut un regret, un désespoir, une désolation… Quelle occasion il avait perdue ! Il voulut se consoler… Si, pourtant, il avait fait un pas de clerc ?… pourtant, elle avait eu des façons si engageantes… mais oser cela !… enfin, si c’était une occasion qu’il avait perdue, elle se retrouverait…