Le lendemain, avant le départ, il fit une petite visite. Les promesses furent confirmées ; aucun chiffre toutefois ne fut prononcé ; grande fut l’effusion ; mais il n’obtint aucune faveur définitive.
— De la patience ! lui disait-on. A samedi, trois heures et demie, à la gare du Nord.
Le voyage, les remontrances de Charles achevèrent de lui monter la tête.
Rentré chez lui, à Paris, le soir même, il écrivait une longue lettre… Il l’aimait, il ne pensait qu’à elle, il avait tant de peur qu’elle ne pût venir le jour fixé, il allait lui chercher un appartement, il comptait sur sa promesse, sur sa parole qu’elle avait donnée, il lui appartenait tout entier, il n’imaginait plus qu’il pût vivre sans elle, et cetera, et cetera…
Le surlendemain matin, il reçut la lettre suivante, sauf les virgules et l’orthographe :
« Hôtel***, Bruxelles.
» Mon cher Marcelin.
» Comme je te l’ai dit, mon amant est arrivé, mais par le train de six heures ; j’ai reçu une dépêche et j’y suis allée. A la gare, ce matin, je lui ai déjà touché quelques mots de mon intention, sans encore lui dire la chose véritable. Il m’a dit que si jamais je le quittais, il aurait beaucoup de chagrin. Voici alors ce que j’ai décidé. Samedi à midi, il part pour Anvers et ne revient que dimanche soir. Alors, moi, je partirai pour Paris dimanche matin sans rien lui dire. Il faudrait que tu m’envoies deux cents francs, car le voyage coûte déjà cinquante francs avec les bagages et j’aurai de l’argent à payer. Tu vois que je suis de parole, car je pourrais parfaitement entrer au théâtre des Bouffes-Parisiens. C’est un artiste qui a joué avec moi à Troyes et qui m’aimerait beaucoup. Mais j’ai refusé net. Je trouve déjà le temps long ; je voudrais déjà être auprès de toi pour t’embrasser.
» Ta petite femme qui t’aime,
» Hélène.