— Tout le monde se marie alors, s’écria Marcelin.
Il venait de recevoir un faire-part :
« Monsieur et madame*** ont l’honneur de vous faire part du mariage de leur fille Amélie… et vous prient d’assister… »
— Pauvre Amélie ! se dit-il. Pauvre moi !… Après tout, c’était fatal.
Il revit quelques anciennes connaissances, de celles dont il se rappelait les noms et dont il avait gardé les adresses ; il ne désirait rien de nouveau. Il en était venu à une grande indifférence des choses de l’amour, quand, un jour, tout à coup, il crut trouver la femme qu’il avait autrefois tant cherchée. Après tant de déceptions, le hasard, le hasard en qui seul il avait raison d’espérer, lui avait-il apporté l’amour ? Elle était tombée dans ses bras, pâmée, comme une vierge, et il avait connu ce que c’était qu’une femme heureuse.
Rencontre banale, dans un wagon de chemin de fer, entre Passy et la gare Saint-Lazare. Il était cinq heures. Une jeune fille brune, aux longs yeux, était assise en face de lui, simplement vêtue, les regards dehors sur les talus qui passaient. Elle l’avait tout de suite impressionné. Il avait osé lui parler ; ils étaient seuls ; comme ils arrivaient à la gare, il obtint deux mots quelconques.
Elle ne voulait pas qu’il la suivît. Il l’avait suivie tout de même ; rue Tronchet, elle était entrée dans une maison de modes. Il s’était obstiné et avait attendu. Il attendit une heure et demie. Quand elle sortit, il l’aborda, elle montait vers les Batignolles ; elle le laissait parler ; il trouvait des choses à lui dire ; sans y penser, il pratiquait la méthode de son ami Crémone ; et il s’aperçut que cela est tout instinctif, mais qu’il faut y aller de tout son cœur.
Elle refusa de dîner avec lui ; elle dînait avec sa mère, ses sœurs ; elle travaillait ; elle n’avait pas le temps de s’amuser ; elle était déjà en retard. Ils arrivaient à la place Clichy.