— Je crois rêver !
— Et moi donc !
Et le silence recommença, délicieux, reposant.
De nouveau, ils contemplaient la plaine, mais ils n’avaient plus besoin de sa présence. Il leur semblait qu’au cours de ces phrases inachevées, leur bonheur venait de conquérir la sécurité qui lui manquait. Rien ne le menaçait plus… jusqu’à demain.
Une joie de saveur inconnue les étourdit. Par elle, Marc qui n’avait jamais eu de famille, et Mlle Peyrolles qui n’avait jamais aimé, sentaient leur cœur martelé et, pareil à du métal neuf, bouillonner sous la gangue. A certains instants, baissant les paupières, ils avaient conscience qu’elle allait s’échapper ; puis, rassurés, ils aspiraient l’odeur lourde de la terre et s’imaginaient renaître.
Le soleil maintenant tombait d’aplomb sur les champs. Une sorte de stupeur immobilisait les arbres, les haies, les tiges d’herbe. Seuls, les ormes de la route, valseurs en tunique verte, tournoyaient au passage.
Marc se penchant vers le siège aperçut la flèche de Montaigut.
— Nous approchons, dit Mlle Peyrolles qui avait surpris son mouvement.
Elle ajouta :
— Pourquoi n’as-tu pas frappé hier soir ? j’aurais ouvert.