— Vous savez que M. Servin s’installe ici ? A partir de demain, votre sac sera plein.

— Bah ! ce n’est que les imprimés qui gênent. Justement, je croyais en avoir ; mais non, c’est bien des lettres… pour M. Taffin.

— Il est en balade ; donnez, je les lui remettrai.

— C’est pas de refus.

Le facteur tendit deux enveloppes. L’une, grande et lourde, était pareille à un faire-part. L’autre, petite et mince, se devinait bourrée de papier pelure.

— Rien pour moi ? reprit M. Lethois s’en emparant.

— Oh ! vous ! vous êtes un bon client ! Si on n’en avait que des pareils, le métier serait fameux !

— En effet, on ne m’écrit pas, à moi !

Et, les deux lettres en main, M. Lethois abandonna le facteur.

Un sourire sardonique tordit sa face. C’était vrai que personne au monde ne s’intéressait à lui, qu’il pouvait devenir fou, disparaître sans que nul y prît garde. Parce qu’il était solitaire, chacun — le facteur aussi bien que les autres — le proclamait heureux. Pourtant, quel drame au fond de lui !