« 22/7 1907. 4 h. 25 s.

« Sept détachements de fourmis sanguines. Orientation Sud-Sud-Ouest. Quatre messagers. Vérifié sortie de quatre fourmis noires, puis deux autres. Un mort. L’attaque générale… »

Ici, sans fermer le carnet, M. Lethois dut s’incliner pour connaître la suite.

La bataille était finie. L’armée pillait.

Pillage méthodique, sans férocité superflue ; nettoyage de commerçant plutôt qu’œuvre de corsaire. Tandis qu’aux abords de la place prise, des soldats se croisaient par centaines, une garde installée à chaque porte surveillait les expulsions et repoussait à l’intérieur tout vaincu qui tentait d’emporter une chrysalide. Vers la droite, un régiment commençait le transport des dépouilles conquises. Plus loin, dans un maquis d’herbe courte, trois assiégés ayant réussi à sauver leur bien venaient d’être rejoints et luttaient désespérément.

Émerveillé, M. Lethois partit d’un rire sonore. A contempler cette tragédie, hors du temps, loin des hommes, pareil à Dieu, il éprouvait un tel oubli de la vie qu’il serait demeuré là sans doute jusqu’à la nuit si la sensation physique d’un regard posé sur lui n’eût interrompu cette extase. Au même instant, une pensée importune acheva de l’éveiller : Mlle Wimereux !

Il cria sans lever la tête :

— Serait-ce vous, enfin ?…

Ce fut une voix d’homme qui répondit :

— En effet, je suis là.

Jude Servin, arrivé depuis une heure à Montaigut et déjà désœuvré, s’approchait curieux :