Et un silence suivit.
— Comme Pontillac tarde à revenir ! dit encore Thérèse.
S’apercevant ensuite qu’ils s’étaient arrêtés, elle se remit en marche. De nouveau, ils tentèrent de revenir au seul sujet qui devait les inquiéter, mais plus fort que leurs volontés, le souci de se mieux connaître les entraînait. A la dérobée, Thérèse osa regarder Jude. Impression inattendue, devant cet inconnu elle éprouvait la même sécurité qu’en prenant un livre familier et qui de lui-même va s’ouvrir à la page préférée. Jusque-là aussi, elle n’avait pas songé à remarquer que, seul parmi tous les êtres rencontrés dans ce pays, il n’avait pas l’accent.
De Thérèse à ce moment, Jude n’apercevait que la main, car il restait les yeux baissés. Il y a des mains qui parlent. Après avoir attiré le regard de Jude, celle-ci le retint. Elle suggérait le désir de la prendre pour y poser les lèvres. Jude aurait voulu s’en emparer, imaginant qu’à ce contact il deviendrait subitement très heureux et satisfait.
— Quelle singulière chose ! on dirait que vous regrettez ce que vous avez fait, reprit soudain Thérèse, sans réfléchir à ce qu’il y avait d’insolite à renouer la conversation au point précis où tous deux l’avaient abandonnée tout à l’heure.
Jude tressaillit, puis affectant l’indifférence :
— Non, dit-il enfin.
Très franche, elle riposta :
— Vous en avez l’air.
Jude haussa les épaules :