— Vous auriez parlé de même et vous auriez bien fait.
Rapidement il rejoignit l’entrée, traversa la maison. On eût dit qu’il s’évadait. Thérèse, elle, n’avait pas bougé. Cette grève possible venait de la remplir d’effroi tout à coup, comme si, avec l’œuvre de Servin, quelque chose d’elle-même eût menacé de sombrer. Échappée au présent, elle attendit ensuite. Elle imaginait, devant l’usine en ruines, le désespoir de cet homme qu’elle ne connaissait pas une heure auparavant, qu’elle ne reverrait peut-être jamais plus ; et parce qu’elle était impuissante à l’empêcher, elle se sentait écrasée d’amertume. Elle aurait donné dix ans de sa vie pour écarter un pareil avenir. Cependant des voix s’élevaient, une voiture arrivait… Lethois sans doute qu’on ramène… Et s’arrachant à l’étrange rêverie elle quitta le jardin.
Dehors, Jude venait de rencontrer Pontillac qui rentrait sans Lethois.
— Compliments ! criait le médecin, vous avez une façon à vous de semer les gêneurs.
— Qu’entendez-vous par là ?
— J’entends que vous excellez dans le récit de drames imaginaires, et que j’y fus pris comme un sot. Êtes-vous au moins satisfait du petit entretien que ma naïveté vous procura ?
Et comme Jude continuait son chemin sans répondre, Pontillac tout à coup éclatait de rire :
— L’imbécile ! aurait-il déjà reçu le coup de foudre ?
III
Des gens qui appellent, une voix qui hèle :