— Eh bien, il paraît que votre opinion ne tient pas debout et qu’une certaine Letgarde est vénérée sur les autels sans y avoir aucun titre. Cet Heimath l’a prouvé le premier : après lui, l’abbé Duchesne. Je suppose que cela vous est égal… à moi aussi.
Jude occupé à rentrer les pages dans l’enveloppe ne regardait pas l’abbé Taffin. Surpris de ne recevoir aucune réponse il leva la tête pour demander :
— Êtes-vous content ?
La phrase expira sur ses lèvres.
Spectacle inoubliable : laissant là son chapeau, la lettre que Jude tenait encore en main, M. Taffin venait de se diriger vers la porte. Déjà le jour gris des fenêtres n’éclairait plus que son dos et, au-dessus, le rond blanchâtre d’une tonsure rasée de frais où des gouttes de sueur perlaient, lourdes comme des larmes. Il titubait. Sa main tâtonna, heurtant le bois avant de toucher la serrure. Il sortit enfin. Ses souliers à clous grincèrent sur le carrellement du couloir, puis ce bruit s’accéléra. On eût dit le trot sournois d’un prisonnier qui s’évade. A l’entrée, un grand choc… Jude n’entendit plus rien : et sur la maison, le silence régna désormais — ce silence terrifiant de choses mortes que laisse après lui le destin quand, son œuvre accomplie, il vient de repartir…
V
« Cet Heimath l’a démontré le premier : après lui, l’abbé Duchesne. Cela vous est bien égal… à moi aussi. »
Pareille à une danseuse, la phrase voltait dans le cerveau de M. Taffin. Il regardait à l’intérieur de lui-même ce personnage bizarre qui disait toujours la même chose et qui était vêtu de gazes tantôt emportées par la giration, dressées en tire-bouchon et tordues comme une flamme, tantôt immobiles et raides comme un linceul. A force de regarder, M. Taffin était tenté de suivre lui aussi ce mouvement universel, car progressivement les maisons, les arbres, les nuages entraient dans la danse. Une contagion de sarabande gagnait l’immobile. C’était absurde, vertigineux et fou.
« Cela vous est bien égal… à moi aussi… »
M. Taffin marchait.