— Ta femme !…
Et ils se regardèrent. On eût dit que la foudre venait de creuser entre eux un abîme noir.
— Ainsi, tu es marié !… dit encore Mlle Peyrolles.
Un accent de supplication traversa la voix de Marc :
— Excusez-moi si hier je ne vous en avais pas parlé : en vérité, c’est cela que j’aurais dû dire d’abord. Depuis deux ans, j’aime… j’aime une femme… Nous allions avoir un enfant… nous étions heureux… et tout à coup, la phtisie, l’horrible phtisie qui s’abat… Elle se meurt : elle est perdue si je ne la soigne pas ! Comprenez-vous, maintenant ? Ah ! soyez sûre qu’avant de venir, j’ai frappé à toutes les portes ! Quel calvaire, grand Dieu ! A l’Assistance publique, pas de sanatorium pour femmes ! Dans les institutions privées, un accueil sournois et toujours des refus, car j’ai l’air d’être un monsieur. On en est là ! Il faut être riche pour garder ses poumons, riche pour avoir un enfant et le bonheur de tout le monde ! A l’hôpital, au Parlement, partout, on ne songe qu’aux riches ! Je n’avais plus que vous…
Figée, Mlle Peyrolles reprit obstinément :
— Marié ! depuis quand ?
Elle en revenait là, ayant tout à coup la sensation que Marc lui échappait. Que la veille, aussi, il eût gardé le silence à ce sujet, lui causait une surprise douloureuse. Marc pressentant ce qu’elle pensait, rougit. Il eut honte d’être lâche plus longtemps :
— Je ne suis pas marié.
Les paupières de Mlle Peyrolles vacillèrent, mais elle ne fit pas un geste, n’eut pas de cri ; seulement une atroce haine lui serra le cœur. De toute son âme elle aurait voulu savoir morte la femme dont il parlait.