Et arrêtés sur le seuil, ils regardèrent.

Étendu sur un fauteuil, face à la fenêtre, les yeux clos, M. Lethois avait l’air de dormir. Une vieille couverture dissimulait ses jambes. Collé au dossier du siège, le buste s’érigeait, d’une extraordinaire maigreur et, malgré le flottement du gilet, si mince qu’il semblait avoir été pressé entre deux planches, comme une plante d’herbier. Mais le visage surtout étonnait, tant il était devenu pareil à de la cire, avec des luisants sur les méplats. En même temps, les ailes du nez s’étaient pincées, la bouche avait perdu son rictus, le front ses rides. On eût dit qu’après d’atroces luttes, la sérénité de l’au-delà venait de descendre sur ce masque torturé ; un air de beauté souveraine, effaçant la niaiserie d’antan, incitait au respect.

Thérèse et Marc échangèrent un coup d’œil. L’un et l’autre venaient de reconnaître l’approche de celle qui ne pardonne pas.

Tout à coup, la main de M. Lethois se leva. Elle monta lourdement pour atteindre la joue et retomba.

Cessant d’hésiter, Thérèse franchit le seuil.

— Souffrez-vous moins ? interrogea-t-elle doucement.

M. Lethois ne rouvrit pas les yeux.

— Ah ! c’est vous… murmura-t-il sans manifester de surprise.

— Oui, je suis de retour.

— Je me demandais…