Le cou tendu, ressaisi par l’abominable tentation, le Pêcheur ne put se défendre de répondre cette fois :

— Il y a donc une condition ?…

Une seconde, la pensée de M. Lethois parut s’évanouir dans la brume : il leva enfin le doigt vers le plafond :

— Là-haut… des fourmis…

Hébété, le Pêcheur recula sur sa chaise.

Un fou ! parbleu : il avait affaire à un fou ! A défaut de ces propos incohérents où se mélangeaient à dose égale des souvenirs du matin et l’idée fixe d’un trésor, l’attitude, le geste, l’inquiétante fixité des prunelles, tout criait la folie. Et lui, Pêcheur, qui, depuis une demi-heure, s’y laissait prendre, jouait à l’honnêteté ! Mince de grabuge ! Tant d’histoires pour le colloque d’un vieux qui déraille et d’un jobard qui l’écoute !

Frémissant, M. Lethois haleta :

— Pour les soigner, quand je serai parti, cent mille francs !… cent mille après ma mort… avec les carnets !

— Vous dites ?

Tout à coup le Pêcheur s’était relevé. La démence est contagieuse. En vain venait-il de soupçonner qu’un vertige enivrait la cervelle de Lethois. Ces mots : « Cent mille ! » le rejetaient en plein rêve. Il était possible que rien dans tout cela ne fût vrai : il était divin d’y croire, fût-ce la durée d’un éclair…