Et s’adressant aux ouvriers :

— Allez, vous autres ; moi, je l’attendrai.

— A ton aise.

— Avez-vous compris là-bas ? on rentre.

Des murmures accueillirent l’ordre, mais une poussée imperceptible fit osciller le premier rang. Ce fut ensuite un déclenchement brutal : le flot roulait vers la cour, tandis que Jean, les paupières frémissantes, affectait de continuer sa promenade le long du bâtiment de la caisse. Quelle ivresse, cependant, au fond de lui. Dieu merci, Jude pouvait paraître : l’essentiel était accompli, la foule domptée, toute la foule !… sauf un.

Celui-là, en revanche, Bouchut, n’avait pas bougé. On le devinait ancré au sol. Tout à l’heure, à chaque ouvrier qui passait, il avait jeté un signe amical, comme pour dire : « Sois tranquille, tant que je reste, il n’y a rien de fait. » Maintenant que la rentrée était achevée, il continuait sa faction, immobile, l’air d’un bœuf qui, repu, guette au bout du pré le rappel à l’étable.

La joie de Jean s’éteignit ; il comprit que la rentrée qui semblait achevée ne comptait pas : il fallait que cet homme obéît à son tour !

— Pour toi comme pour les autres, lança-t-il d’une voix nette, ce sera l’amende, naturellement.

Bouchut fit un geste détaché :

— Cause toujours !…