— Cochons !

Déjà le Pêcheur relançait son bâton, partait sans plus se soucier du facteur que de la pluie qui débutait par petites gouttes espacées et fines comme des aiguilles.

— L’avoir flanquée dans ce grabuge !… Cré bon sort !

L’image de la voiture emmenant à la fois Thérèse et Jude Servin l’aveugla. Il voulut courir.

— Mais non, mieux vaut garder l’allure vive. On perd du temps à s’essouffler…

Et le facteur le vit qui semblait se calmer, reprenait ses enjambées régulières, s’éloignait enfin très vite, la tête droite, le pas alerte.

— Cré bon sort !

Le Pêcheur filait maintenant marmonnant ces trois mots comme un marin mâche son tabac :

— Cré bon sort ! fini le cantique à la verdure !

Autant il avait eu de bonheur à suivre à l’aventure la fantaisie de ses rêves, autant il s’effarait des pensées nouvelles que suscitait sa peur. Ce n’était pas, certes ! que l’usine ni Servin l’eussent jamais préoccupé : parvenu, lui, à tirer son épingle du jeu sans rien fiche de ses dix doigts, il avait trop de mépris pour ceux qui triment ! Mais que Servin connaissant le danger eût emmené Thérèse dans sa voiture, que sciemment il l’eût exposée à la bagarre, c’était à rendre fou.