Où aller ?
Inexplicable retour d’une âme qui cherche en vain sa voie.
La veille, et toute la nuit, M. Taffin avait attendu ce départ. Ce matin, tandis qu’il annonçait à Cadette l’obligation d’un voyage urgent, il était presque joyeux. Le fruit mûr tombé de la branche semble de même reposer à terre sans meurtrissure. Soudain, ce que n’avaient pu faire ni l’abandon de la cure, ni l’omission de la messe, une affiche le produisait : devant ces chiffres et ces noms sans visage, un atroce découragement noyait M. Taffin.
Où aller ? Il ne savait plus… Comme la France est grande !
Il la devinait au delà des limites de la carte, immense et pareille à une lande. Il se voyait lui-même perdu dans cette immensité. De tous côtés l’horizon est semblable, sans repère : et pourtant, il faut marcher ou succomber sur place !
— Ah bien ! M’sieu le curé, ça tombe à pic, dit l’homme d’équipe qui arrivait enfin pour le service. Justement un particulier dans la cour demande quelqu’un de Montaigut… Hé là-bas ! par ici ! y a votre affaire !
Après avoir ainsi hélé au dehors, jovial, il approcha de M. Taffin :
— C’est-y par peur de la révolution que vous venez si en avance ?… Quoi ? Vous ne savez pas ? L’usine Servin… hier… démolie ! flambée ! Ça lui apprendra à celui-là : y n’avait qu’à ne pas récolter la racaille : des tas de va-nu-pieds !…
Puis se retournant vers Marc qui paraissait au seuil :
— C’est le curé du pays. Y vous donnera vos tuyaux.