Ainsi, dès qu’elle songeait à lui, elle se noyait dans la nuit et cette nuit allait rester ! Une occasion unique avait surgi, la certitude s’offrait, il n’y avait qu’un signe à faire ; pour une crainte imaginée, parce qu’une lettre écrite en hâte ou dans la fièvre ne disait pas ce que Mlle Peyrolles avait espéré, l’occasion allait passer, le signe ne serait pas fait ! Quelle absurdité !

L’enfant de chœur agita la clochette. Un instant sa voix fluette s’unit à celle de l’abbé Taffin pour réciter le Sanctus. Un silence profond s’établit, transformant la grange qu’était l’église en un lieu sublime où la Passion recommençait.

Prosternée, Mlle Peyrolles murmura :

— C’est impossible, il faut le voir… lui parler…

Aussitôt une allégresse la bouleversa. Tous ses doutes s’évanouissaient. Après avoir consulté sa raison, elle s’apercevait qu’il n’y avait eu là qu’une manœuvre hypocrite et le besoin de trouver un prétexte pour justifier ce que son cœur avait déjà décidé.

Elle avait oublié l’abbé Taffin qui officiait, Dorothée qui somnolait au bas de la nef ; elle ne songeait pas que cette arrivée de Marc allait révolutionner Montaigut, peut-être ressusciter les racontars d’autrefois. Elle, si prude en temps ordinaire, était devenue sans scrupules. Dieu ! que cette messe était longue ! Encore un jour ensuite, avant la réunion ! Il faut avoir savouré l’anxiété d’attendre pour connaître le prix du temps. Si, du moins, la prière avait pu l’occuper ! mais en vain se condamnait-elle à lire le paroissien, les mots dansaient ; cela seul sortait des oraisons que demain, ce soir, il serait là. Et nulle appréhension : on trouve simple que le rêve se réalise, simple encore que la vie accepte d’être conforme à nos désirs.

De guerre lasse et pour calmer tant d’exaltation, Mlle Peyrolles voulut examiner l’abbé Taffin.

Plus pâle que de coutume, sans que rien cependant décelât les émotions de sa nuit, celui-ci entamait les dernières oraisons. Mais pour la première fois Mlle Peyrolles remarqua sa placidité et ce sourire qui semblait l’affiche d’une âme niaise. En vérité, ce prêtre avait trop le geste méticuleux, la componction béate. Ce pouvait être un saint homme, un confesseur expert pour le gros de la conduite ; jamais il n’eût compris l’émoi dont Mlle Peyrolles vibrait, ni sa passion nourrie dans le silence pour un inconnu qui allait venir.

— Benedicat vos omnipotens…

La main de M. Taffin bénit les chaises vides : l’office était achevé.