— Hé bien ? demanda René qui accourait aux nouvelles.

— Hé bien, avertissez votre mère : il importe qu’elle arrive bientôt.

— Soit, elle débarquera dans la semaine.

— Si elle tardait…

— A quoi songez-vous, l’abbé ? Oubliez-vous que je suis majeur ?

— Ainsi, vous aussi !…

Et M. Valfour revint de son ambassade, assez rêveur. Après s’être étonné que l’amour dressât si vite les enfants contre les parents, il réfléchissait qu’on ne voit guère le moyen qu’il en soit autrement, puisque sa fin naturelle est justement de séparer les uns des autres…

Ce même soir, la lettre de René partait pour Paris.

Vous voyez à quel point jusque-là tout avait été rapide et simple. Une marche sous le ciel bleu, des cœurs qui rêvent, nulle appréhension. On devrait frémir quand le bonheur est ainsi à portée du désir. N’est-ce pas toujours aux approches de l’orage que nous goûtons le mieux l’enchantement des jours d’été ?

La réponse de madame Manchon arriva en coup de foudre. Les sentiments de René en la lisant furent un mélange de stupeur et de colère. La légèreté avec laquelle sa mère traitait ce qu’il imaginait être la plus grande aventure de sa vie lui parut sacrilège. Pour la première fois, il eut une révolte d’homme et répliqua sur l’heure. Rappelant qu’il n’était plus un enfant, il affirmait son droit de choisir à son gré la femme qu’il épouserait, ne priait plus, mais exigeait. Mieux informée, madame Manchon lui devait de venir ; il l’attendait : il ne quitterait pas Semur qu’elle ne se fût décidée à l’y rejoindre.