— Pour quelles raisons ?… Mon Dieu ! je me ferais scrupule de vous les communiquer, et même je m’en garderai : mais elles courent les rues, semble-t-il : je n’étais pas de retour depuis une heure qu’on me les donnait, comme à tout le monde. Vous n’aurez donc aucune peine à les apprendre, à supposer que vous y teniez. Interrogez, renseignez-vous, et si vous n’êtes point convaincu, attendez du moins, pour nous en informer, que les faits donnent tort à mon sentiment présent.
Elle s’était levée, le visage devenu de glace. René sentit passer le souffle avant-coureur de la catastrophe. Il répliqua d’une voix tremblante :
— Je comprends, madame… il s’agit d’une mise en demeure. Sans m’attacher outre mesure à ce qu’elle peut avoir de blessant, me permettez-vous de demander si vous parlez ainsi au nom d’Annette ?
— Ceci, monsieur, est affaire entre ma fille et moi et ne vous concerne pas.
Il respira.
— Ce qui revient à dire qu’elle, pas plus que moi, n’est au courant des appréhensions que vous donne le retard de ma mère. Oserai-je aussi faire remarquer que, si je n’étais pas entièrement d’accord avec les miens, j’ai l’âge de passer outre à des volontés mal informées ?
Madame Traversot riposta sèchement :
— Je n’ai point dit que madame votre mère s’opposait au mariage : je suis même convaincue du contraire. J’estime simplement qu’elle ne se soucie pas de venir s’entretenir avec moi de certaines choses… qui importent entre familles honorables. Quant à votre liberté d’action vis-à-vis d’elle, j’en doute aujourd’hui moins que jamais…
René, cette fois, ne comprenait plus. Puisqu’on croyait toujours sa mère d’accord avec lui, que signifiaient ces phrases énigmatiques ? Plutôt que de prononcer des paroles peut-être ineffaçables, il domina sa colère et s’inclinant :
— Il suffit, madame ; avant demain, j’aurai percé le mystère auquel je me heurte ici : je ne doute pas à mon tour que vous ne m’exprimiez alors des regrets pour un traitement que je ne méritais pas.