— Je vous en prie, mademoiselle, prenez place…

Il avança un fauteuil, et s’installant lui-même, poursuivit :

— Vous désiriez un conseil ? A quel propos et en quoi pouvons-nous vous être utiles ?

Déjà plié au métier, il s’exprimait avec le ton détaché d’un marchand d’épices prêt à ouvrir ses tiroirs au gré de la demande. Il ne regardait même pas celle à qui il s’adressait : toutefois, en terminant, il se sentit brusquement retenu par un détail stupide.

La personne qui était là, tenait dans une main un paquet de récépissés et dans l’autre un parapluie, inutile par ce jour de beau temps, mais dont le bec avait une forme que René croyait avoir aperçue déjà en d’autres circonstances.

— Avant de vendre quelques-unes de ces valeurs, j’aimerais avoir l’opinion de la banque, répondit mademoiselle Lormier.

Déposant ensuite les récépissés devant René, elle prit à deux mains le parapluie, en promena l’extrémité sur le tapis et parut s’absorber dans les dessins qu’elle traçait. Plus de doute : René reconnaissait aussi la voix. L’inconnue de la gare et mademoiselle Lormier ne faisaient qu’un.

Il est parfaitement désagréable de se rendre compte qu’on s’est mépris en certaines occasions : il est aussi d’usage qu’on affecte alors d’ignorer ce qui a pu se passer. René reprit donc :

— De quelles valeurs s’agit-il ?

Il fit mine en même temps de parcourir les récépissés : puis, parce qu’aucune réponse ne venait, il se tourna de nouveau vers la visiteuse. Celle-ci continuait de jouer avec le parapluie.