— Vous avez raison : ce sont là matières secrètes. On en disserte, tant qu’elles sont loin : on se tait, dès qu’elles paraissent.
— Alors, soyez rassuré : vous êtes témoin que j’ose en parler.
— Nous serons même deux à pouvoir témoigner, acheva M. Lormier derrière moi.
Je me retournai vivement : il avait poussé la porte sans bruit et nous écoutait déjà depuis un instant.
Il y a des choses qu’on ne dit point et qui s’entendent plus clairement que si on les prononçait. L’accent de M. Lormier, son visage, son maintien n’exprimaient rien de particulier : et cependant, avant qu’il eût achevé sa phrase, j’avais déjà compris que, se méprenant au sens de nos paroles, et convaincu d’interrompre une tentative de déclaration, il avait envie de me jeter par la fenêtre.
Résolu de faire tête à cette situation absurde, je montrai le livre déposé sur le guéridon :
— Votre fille, monsieur, me paraît s’adonner à des lectures bien dangereuses, lui dis-je gaiement. Pascal a mal fini : prenez garde qu’elle ne l’imite !
M. Lormier tenta en vain d’esquisser un rire qui répondit au mien.
— Craindriez-vous que le jansénisme ne lui monte à la tête ?
— Pis que cela : l’amour de Dieu ! c’est elle qui vient de l’affirmer. Soyons justes toutefois : il n’est plus question d’autre danger. J’ai ainsi le plaisir de vous promettre que je ne reparaîtrai que sur convocation spéciale.