La voici. Que le style de l'auteur des Martyrs y ait ou non faufilé sa trame d'or, elle est fort belle:

«Si l'on chasse les évêques de leurs palais, ils se retireront dans la cabane du pauvre qu'ils ont nourri. Si on leur ôte leur croix d'or, ils prendront une croix de bois; c'est une croix de bois qui a sauvé le monde[580]

[580] V. Montlosier, Mém. sur la Révolution française, t. Ier, p. 379, et la Notice sur M. de Montlosier, par M. de Barante, p. 10.—M. de Talleyrand, dans un de ses derniers entretiens avec M. Dupanloup, lui certifia que tout ce qu'on disait sur ce mot de Montlosier, et sur l'immense effet qu'il avait produit, était la vérité même. (Biographie univers., supplément, t. LXXXIII, p. 341.)


LVI

Le mot de Mirabeau à M. de Dreux-Brézé: Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes[581], a longtemps été regardé comme étant d'une authenticité à toute épreuve. Une petite discussion soulevée à la Chambre des pairs, le 10 mars 1833, au sujet de la pension à décerner aux vainqueurs de la Bastille, a tout à coup amené des révélations qui ont un peu modifié la scène, et dont les paroles du grand orateur, qui en étaient le coup de théâtre, se sont elles-mêmes un peu ressenties. Le Moniteur raconte ainsi ce court mais très curieux débat:

[581] A propos de la baïonnette, dont le P. Daniel disait (Milice françoise, liv. VI, ch. v) qu'il ne savait ni quand ni où elle avait été inventée, permettez-moi de vous rappeler, en passant, que son nom ne vient pas, comme on le dit partout, de celui de la ville de Bayonne, mais du diminutif espagnol bayneta, petite gaîne. V. notre Chronique de la Patrie, nº du 27 mai 1859; le Magasin pittoresque, t. IX, p. 151-152. V. aussi l'Intermédiaire, t. II, p. 452, 598.—Le mot le plus célèbre qu'on ait dit sur cette arme est celui-ci: «La balle est folle, la baïonnette est un héros.» Il se trouve dans la Proclamation de Souwarow aux armées russes en 1796. V. la traduction qu'en a donnée, d'après la version anglaise, M. de Montalivet, dans la Revue de Paris, 2e année, t. XIII, p. 232.

«M. Villemain.... Il y a quarante-deux ans, M. le marquis de Dreux-Brézé, appuyant et répétant un ordre imprudent qui avait été suggéré au vertueux et infortuné Louis XVI, prescrivait à l'Assemblée nationale de se dissoudre et de se séparer en trois ordres, et de ressusciter ainsi un passé qui allait disparaître à jamais. Vous savez les terribles et foudroyantes paroles qui furent alors prononcées par un grand orateur...

«M. le marquis de Dreux-Brézé. Je vous remercie.