Pour bien terminer leur aimable histoire, il ne leur fallut rien moins que la lente agonie et la mort de François Ier. Malheureusement pour eux, l'on sait, par des témoignages beaucoup plus dignes de créance, que le roi ne fut pas éprouvé certainement par une aussi longue et aussi impitoyable maladie. Le post-scriptum d'une lettre du cardinal d'Armagnac nous fait voir que, moins d'un an avant sa mort, le roi était en aussi parfaite santé que l'homme le plus robuste et le plus sain de son royaume[268].

[268] F. Genin, Lettres de Marguerite d'Angoulême, 1841, in-8º, p. 473.—Puisqu'il est ici question du mal vénérien, n'oublions pas de dire que M. Walkenaër (Vies de plusieurs personnages célèbres, t. II, p. 39, 44, 49) a tâché de prouver qu'il fut importé de l'Inde, et non, comme on le croit, de l'Amérique. Il eût mieux fait de dire qu'il ne nous était venu ni de l'un ni de l'autre de ces deux pays. On est à peu près sûr aujourd'hui que les variétés les plus bénignes, il est vrai, de cette contagion étaient connues des Juifs (V. le Lévitique, ch. XV) et des Romains; qu'elles s'envenimèrent au moyen âge, comme le prouve ce qu'on lit dans Grégoire de Tours, sur l'épidémie appelée lues inguinaria, et dans le livre de Lanfranc, écrit en 1395, Pratica, seu Ars completa Chirurgiæ; et que la lèpre s'étant mêlée avec ce mal, où elle se perdit, il acquit une violence dont la décroissance ne date que de nos jours. Un passage de la Grande Chirurgie de Paracelse, liv. I, ch. VII, fait foi de cette union si dangereuse, qui dut s'opérer au XVIe siècle, entre la lèpre et le mal vénérien.

Peu de temps après la première édition de notre livre, parut une brochure qui, sur ce point, lui donna complètement raison. En voici le titre: De quelle maladie est mort François Ier[269]. L'auteur, M. Cullérier, chirurgien à l'hôpital du Midi, et l'un des plus compétents sur cette redoutable matière, conclut comme nous que le mal qui emporta le vainqueur de Marignan n'était pas vénérien; c'était une fistule au périnée.

[269] Paris, Vict. Masson, in-8º de 14 pages. Cette étude avait paru d'abord dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, déc. 1856.


XXIV

Si je passe au crible tous les mots dont l'imagination des faiseurs d'esprit s'est plu à gratifier les rois, ce n'est pas, certes, pour faire grâce davantage à ceux qu'ils ont bénévolement prêtés à leurs bouffons. Je trouve justement, à cette époque de François Ier, un de ces bons mots de fous de cour dont il est à propos de faire enfin justice.

Charles-Quint s'est fié à la parole de François Ier, et il va passer par la France pour se rendre dans les Pays-Bas. Comme on l'attend à Paris, le roi avise son fol, Triboulet, qui griffonne dans un coin. «Que tiens-tu là? lui dit-il.—Le Calendrier des fous, et j'y écris un nom.—Lequel?—Celui de l'empereur Charles, qui fait la folie de se mettre à votre merci en traversant ce royaume.—Mais si je le laisse passer?—Alors, c'est votre nom que j'inscrirai sur mon livre à la place du sien.»