[283] Son Itinerarium italicum, in-4º, où elle se trouve, p. 12, est le livre le plus ancien où je l'aie rencontrée. Pasch, dans ses Inventa Nova-Antiqua, la cite d'après lui (p. 742). S'il eût existé pour ce fait une autorité antérieure, soyez certain qu'il l'aurait su et l'aurait dit. Mabillon s'était fait, cette fois, sans y regarder de près, ce qui ne lui arrivait guère, l'écho d'une tradition déjà en cours, née je ne sais d'où ni comment, et que le faiseur de lettres, Vaumorières, devait, lui aussi, recueillir vers le même temps, mais d'une façon plus excusable: si le mensonge ne s'était popularisé que par ses Lettres, il n'eût pas fait une si grande fortune. Elles parurent en 1699, in-12; c'est à la page 154 du tome II que se trouve l'anecdote.

«Les amplificateurs d'anecdotes, est-il dit dans la Biographie universelle, prétendent que François Ier, lisant une surprise dédaigneuse sur la figure des courtisans qui l'avaient accompagné chez Léonard, leur dit de ne pas s'étonner: «Je puis faire des nobles quand je veux, et même de très grands seigneurs; Dieu seul peut faire un homme comme celui que nous allons perdre.»

«On prête ce mot à tant d'autres princes, ajoute naïvement la Biographie, qu'il serait difficile de dire s'il appartient réellement à François Ier

Ce n'est pas assez s'indigner, à mon sens, et notre biographe, au moment de conclure, se relâche un peu trop de sa logique et de sa sévérité. Mais, après tout, pourquoi de la colère, et même de l'étonnement, à propos de ces amplifications? On doit toujours s'attendre à les voir paraître; ce sont les parasites naturels de tout mensonge qui a fait fortune.

Pour moi, je me suis fait un précepte de ces vers d'Ovide:

Hic narrata ferunt alii, mensuraque ficti

Crescit, et auditis aliquid novus adjicit auctor[284].

[284] Métamorphoses, liv. XII, v. 7.