Je ne chercherai pas non plus à éclaircir le mystère de la mort de Jean Goujon, qu'on prétend, sans preuve, avoir été massacré à la Saint-Barthélemy; je vous dirai seulement qu'il ne fut pas tué d'une balle sur son échafaud du Louvre[371], ni, plus certainement encore, au moment où il achevait de sculpter les belles nymphes de la fontaine des Innocents. En 1572, il y avait vingt-deux ans que ce travail était terminé.

[371] Dans un de ces romans modernes qui ont tant ajouté aux mensonges que nous ont laissés les derniers siècles, l'on a été jusqu'à dire que c'est Charles IX qui, de son arquebuse, avait lui-même tué le sculpteur du Louvre. «Dans ce cas, dit M. de Longpérier, l'histoire ne laisse même pas, par son silence, le champ libre aux conjectures: nous trouvons dans un ancien historien que la reine Catherine de Médicis avait fait avertir Jean Goujon de ne pas sortir de chez lui.» (Le Plutarque français, XVIe siècle, notice sur Jean Goujon.)

Avant de tenter la solution de ce problème, il faudrait pouvoir porter la lumière sur tous les points de l'existence obscure du glorieux artiste; chercher, par exemple, où et quand il est né, avant de demander où et quand il est mort[372].

[372] V. Revue des Deux-Mondes, 15 juillet 1850.—«Il serait même possible de supposer, dit encore M. de Longpérier dans son excellente notice, que Jean Goujon, contrairement à l'opinion reçue, n'est pas mort dans la triste journée de la Saint-Barthélemy. Les Martyrologes protestants, plusieurs fois réimprimés, et qui contiennent la liste fort exacte et fort détaillée des réformés qui périrent dans les troubles du XVIe siècle, ne font aucune mention de Jean Goujon.»


XXXIV

«Guise, averti de se garder des assassins, répond: «Ils n'oseraient.» César, en pareille circonstance, avait dit la même chose. S'ensuit-il que Guise ait imité César? Non; mais il y avait dans Guise quelque chose de César. Guise ressemblait à César, mais il ne le copiait pas.»

L'académicien Arnault, qui a écrit ces lignes dans un article de la Revue de Paris, sur les imitations plus ou moins fortuites d'actions ou de paroles, a tout à fait raison: c'est une rencontre de pensées inspirées par une rencontre d'événements semblables. Le mot de Guise, dont nous avons la preuve par tous les historiens de son temps, contribue même à nous faire croire davantage à celui de César, dont l'authenticité nous est certifiée par un moins grand nombre de témoignages.