[380] Berger de Xivrey, Recueil des lettres missives de Henri IV, t. T, p. 848 et 899.—M. Borel d'Hauterive a été le premier à signaler la découverte faite par M. de Xivrey, dans un curieux article de son Annuaire de la Noblesse, 1851, p. 265-266.

Quoi qu'il en soit, voici la lettre:

«A M. de Grillon.

«Brave Grillon, pendés-vous de n'avoir esté icy près de moy, lundy dernier, à la plus belle occasion qui se soit jamais veue, et qui peut-estre ne se verra jamais. Croyés que je vous y ay bien désiré. Le Cardinal nous vint voir fort furieusement, mais il s'en est retourné fort honteusement. J'espère jeudy prochain estre dans Amiens, où je ne sesjourneray gueres, pour aller entreprendre quelque chose, car j'ay maintenant une des belles armées que l'on sçauroit imaginer. Il n'y manque rien que le brave Grillon, qui sera toujours le bien venu et veu de moy. A Dieu. Ce XXe septembre, au camp devant Amiens.

«Henry.»

Remarquez que Henri IV ne tutoie pas Crillon. Il eût manqué, s'il l'eût fait, non pas seulement à l'une de ses habitudes, mais à l'un des usages de son siècle, où ces manies de familiarités, qui ont si trivialement ajouté au peu d'urbanité du nôtre, n'avaient pas cours encore, Dieu merci! Quant à la formule du billet, qui semble avoir été l'une des raisons qui l'ont fait remarquer, ne vous en étonnez pas trop; elle était ordinaire au Béarnais en pareilles occasions. On a de lui un billet au borgne Harambure, écrit tout à fait dans le même style:

«Harambure, pendés-vous de ne vous estre point trouvé près de moy, en un combat que nous avons eu contre les ennemys, où nous avons fait rage, etc.... A Dieu, Borgne[381]

[381] Berger de Xivrey, Recueil des lettres missives de Henri IV, t. IV, p. 375.—On conservait un billet du même genre, écrit par Henri IV à Fervacques, dans les archives du maréchal de Médavi, au château de Grancey (Fr. Barrière, La Cour et la Ville, p. 22). Chaque grande famille, en effet, possédait en son trésor un certain nombre de lettres de ce roi si prodigue d'écrire pour ses amis, et si grand dépensier d'âme et d'esprit dans tout ce qu'il écrivait. C'est ainsi que le baron de Batz, issu en ligne directe au cinquième degré de Manaud de Batz, put communiquer toute la correspondance de Henri IV avec son aïeul à l'abbé Brizard, qui en détacha le premier cet admirable fragment, tant de fois cité depuis, notamment il y a quelques mois, par M. Feuillet de Conches, en ses Causeries d'un Curieux, t. III, p. 221: «Monsieur de Batz..., combien que soyez de ceux-là du Pape, je n'avois, comme le cuydiés, mesfiance de vous... Ceux qui suyvent tout droict leur conscyence sont de ma relygion, et je suis de celle de tous ceux-là quy sont braves et bons.» (De l'Amour de Henri IV pour les Lettres, p. 52.) Les Chastellux avaient aussi de ces billets en leurs archives. J'en citerai un récemment retrouvé, si leste et si gaillard, qu'il semble écrit sur la selle après le coup de l'étrier. Henri part du camp de Nangis pour faire le siège de Montereau, couper les deux rivières de Marne et de Seine, et enlever toutes provisions aux Parisiens. «C'est, dit-il, estre bon medesyn de mon peuple, et n'est telle vigueur de dyette pour le remettre en santé.» Puis il ajoute, recommandant à Chastellux d'arrêter cinq bateaux de vin, qu'on lui signale comme descendant la Seine: «Ne leur laissés rien passer avant la convalescence, ce sera pour la fester tous ensemble.» (Catal. des Autogr., du Mis Raffaelli, 1863, in-8º, p. 23-24.)—Quant aux prétendues lettres du même roi à François Miron, citées, il y a quelques années, avec le plus grand sérieux, par plusieurs journaux, on sait qu'elles sont complètement fausses. M. Berger de Xivrey l'a prouvé sans réplique, à la grande confusion de certains hommes d'État, qui en avaient déjà détaché quelques citations pour émailler leur éloquence administrative (V. le Moniteur du 31 mai 1858).