—Signora, lui répondis-je sans lever la tête, donnez-moi ce que vous voudrez, une soupe, un macaroni, peu importe; j'ai plus besoin de soleil que de dîner.

La digne Palomba me regarda avec un étonnement mêlé de pitié.

«Pardon, Excellence, me dit-elle; au livre rouge qui sortait de votre poche je vous prenais pour un Anglais. Depuis que ce maudit livre, qui dit tout, a recommandé le poisson d'Amalfi, il n'y a pas un milord qui veuille dîner autrement que ce papier ne le lui ordonne. Mais puisque vous entendez la raison, nous ferons de notre mieux pour vous plaire. Ayez seulement un peu de patience.»

Et aussitôt l'excellente femme, attrapant au passage deux des poulets qui criaient autour de moi, leur coupa le cou sans que j'eusse le temps de m'opposer à cet assassinat, dont j'étais complice; puis, s'asseyant près de moi, elle se mit à plumer les deux victimes avec le sang-froid d'un grand coeur.

«Signor, dit-elle au bout d'un instant, la cathédrale est ouverte, tous les étrangers vont l'admirer avant dîner.»

Pour toute réponse, je soupirai.

«Excellence, ajouta la digne Palomba, que sans doute je gênais dans ses préparatifs culinaires, vous n'avez pas visité la route nouvelle qui conduit à Salerne? Il y a une vue magnifique sur la mer et les îles.

—Hélas! pensai-je, c'est ce matin et en voiture qu'il fallait prendre cette route! et je ne répondis pas.

—Excellence, dit d'une voix très forte la patronne, très décidée à se débarrasser de moi, le marché se tient aujourd'hui. Beau spectacle, beaux costumes! Et des marchandes qui ont la langue si bien pendue; et des oranges! on en a douze pour un carlin!»

Peine perdue; je ne me serais pas levé pour la reine de Naples en personne!