«Sotte vanité des gueux! murmura la dame. Il n'y a vraiment que les riches qui aient le saint respect de l'or et qui soient prêts à tout faire pour un écu. Il me faut cette voiture! dit-elle d'un ton menaçant; coûte que coûte, je l'aurai.

—Madame, reprit Violette fort émue, c'est vrai que je ne veux pas le vendre, mais je serais heureuse de l'offrir en don à Votre Seigneurie, si elle voulait m'honorer d'une faveur.

—Ce sera cher, pensa la marquise. Parle, dit-elle à Violette; que demandes-tu?

—Madame, dit la fille de Cecco, on assure que vous avez un musée où toutes les curiosités de la terre sont réunies; montrez-le-moi; s'il y a quelque chose de plus merveilleux que ce carrosse, mon trésor est à vous.»

Pour toute réponse, la dame des Écus-Sonnants haussa les épaules et mena Violette dans une grande galerie qui n'a jamais eu sa pareille. Elle lui fit regarder toutes ses richesses: une étoile tombée du ciel, un collier fait avec un rayon de la lune, natté et tressé à trois rangs, des lis noirs, des roses vertes, un amour éternel, du feu qui ne brûlait pas, et bien d'autres raretés; mais elle ne montra pas la seule chose qui touchât Violette: Perlino n'était pas là.

La marquise cherchait dans les yeux du petit pâtre l'admiration et l'étonnement; elle fut surprise de n'y voir que l'indifférence.

«Eh bien, dit-elle, toutes ces merveilles sont autre chose que tes quatre toutous: le carrosse est à moi.

—Non, Madame, dit Violette. Tout cela est mort, et mon équipage est vivant. Vous ne pouvez pas comparer des pierres et des cailloux à mon hibou et à ma bécasse, personnages si vrais, si naturels, qu'il semble qu'on vient de les quitter dans la rue. L'art n'est rien auprès de la vie.

—N'est-ce que cela? dit la marquise; je te montrerai un petit homme fait de sucre et de pâtes d'amandes, qui chante comme un rossignol et raisonne comme un académicien.

—Perlino! s'écria Violette.