Un mousse doit tout savoir, sous peine d'être battu; je me mis à arracher les plumes de l'animal, en imitant de mon mieux la vieille, qui, de son côté, en faisait autant que moi. De temps en temps, pour m'encourager, elle me souriait de façon agréable, en me montrant chaque fois trois grandes dents jaunes tout ébréchées, seul trésor qui lui restai dans la bouche. Les poulets plumés, il fallut hacher des oignons, éplucher de l'ail, préparer le pain et la viande. Je fis de mon mieux, autant par peur de la vieille que par amitié.
«Eh bien, la mère, êtes-vous contente? lui dis-je, quand tous nos préparatifs furent achevés.
—Oui, mon fils, dit-elle; tu es un bon garçon, je veux te récompenser.
Donne-moi ta main.»
Elle me prit la main, la retourna, et se mit à en suivre toutes les lignes, comme si elle allait me dire la bonne aventure.
«Assez, la mère! lui dis-je en retirant ma main, je suis chrétien, je ne crois pas à tout cela.
—Tu as tort, mon fils, je t'en aurais dit bien long; car, si pauvre et si vieille que je sois, je suis d'un peuple qui sait tout. Nous autres gitanos, nous entendons des voix qui vous échappent, nous parlons avec les animaux de la terre, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer.
[Illustration]
—Alors, lui dis-je en riant, vous savez l'histoire et les malheurs de ce poulet que j'ai plumé?
—Non, dit la vieille, je ne me suis pas souciée de l'écouter, mais, si tu veux, je te conterai l'histoire de son frère; tu y verras que tôt ou tard on est puni par où on a péché, et que jamais un ingrat n'échappe au châtiment.»
Elle me dit ces derniers mots d'une voix si sombre que je tressaillis; puis elle commença le conte que voici.