—Ma mère, répondit Coquerico, quand une poule couve un canard, elle s'effraye toujours de le voir courir à l'eau. Vous ne me connaissez pas davantage. Ma nature, à moi, c'est de réussir par mes talents et mon esprit; il me faut un public qui soit capable de sentir les agréments de ma personne; ma place n'est pas parmi les petites gens.»

Quand la poule vit que tous les sermons étaient inutiles, elle dit à
Coquerico:

«Mon fils, écoute au moins les derniers conseils de ta mère. Si tu vas à Rome, évite de passer devant l'église de Saint-Pierre; le saint, à ce qu'on dit, n'aime pas beaucoup les coqs, surtout quand ils chantent. Fuis aussi certains personnages qu'on nomme cuisiniers et marmitons; tu les reconnaîtras à leur bonnet blanc, à leur tablier retroussé et à la gaine qu'ils portent au côté. Ce sont des assassins patentés qui nous traquent sans pitié: ils nous coupent le cou sans nous laisser le temps de dire miserere! Et maintenant, mon enfant, ajouta-t-elle en levant la patte, reçois ma bénédiction et que saint Jacques te protège! c'est le patron des pèlerins.»

Coquerico ne fit pas semblant de voir qu'il y avait une larme dans l'oeil de sa mère; il ne s'inquiéta pas davantage de son père, qui cependant dressait sa crête au vent et semblait l'appeler; sans se soucier de ceux qu'il laissait derrière lui, il se glissa par la porte entr'ouverte; à peine dehors, il battit de l'aile et chanta trois fois pour célébrer sa liberté: Coquerico! coquerico! coquerico!

[Illustration]

Comme il courait à travers champs, moitié volant, moitié sautant, il arriva au lit d'un ruisseau que le soleil avait mis à sec. Cependant, au milieu du sable, on voyait encore un filet d'eau si mince que deux feuilles tombées l'arrêtaient au passage.

Quand le ruisseau aperçut notre voyageur, il lui dit:

«Mon ami, tu vois ma faiblesse; je n'ai même pas la force d'emporter ces feuilles qui me barrent le chemin encore moins de faire un détour, car je suis exténué. D'un coup de bec tu peux me rendre la vie. Je ne suis pas un ingrat; si tu m'obliges, tu peux compter sur ma reconnaissance au premier jour de pluie, quand l'eau du ciel m'aura rendu mes forces.

—Tu plaisantes! dit Coquerico. Ai-je la figure d'un balayeur de ruisseau? Adresse-toi à gens de ton espèce, ajouta-t-il; et, de sa bonne patte, il sauta par-dessus le filet d'eau.

«Tu te souviendras de moi quand tu y penseras le moins!» murmura le ruisseau, mais d'une voix si faible que l'orgueilleux ne l'entendit pas.