Toujours courant, toujours gloussant, Coquerico finit par arriver à Rome: c'est là que mènent tous les chemins. A peine dans la ville, il courut droit à la grande église de Saint-Pierre. L'admirer, il n'y songea guère; il se plaça en face de la porte principale, et, quoiqu'au milieu de la colonnade, il ne parût pas plus gros qu'une mouche; il se hissa sur son ergot et se mit à chanter: Coquerico! coquerico! coquerico! rien que pour faire enrager le saint et désobéir à sa mère.
Il n'avait pas fini qu'un suisse, de la garde du Saint-Père, qui l'entendit crier, mit la main sur l'insolent et l'emporta chez lui pour en faire son souper.
«Tiens, dit le suisse, en montrant Coquerico à sa ménagère, donne-moi vite de l'eau bouillante pour plumer ce pénitent-là.
—Grâce! grâce! madame l'Eau, s'écria Coquerico. Eau si douce, si bonne, la plus belle et la meilleure des choses du monde, par pitié, ne m'échaude pas!
—As-tu donc eu pitié de moi, quand je t'ai imploré, ingrat?» répondit l'Eau, qui bouillait de colère. D'un seul coup elle l'inonda du haut jusqu'en bas et ne lui laissa pas un brin de duvet sur le corps.
Le suisse prit alors le malheureux poulet et le mit sur le gril.
«Feu, ne me brûle pas! cria Coquerico. Toi qui es si brillant, frère du soleil, cousin du diamant, épargne un misérable; contiens ton ardeur, adoucis ta flamme et ne me rôtis pas.
—As-tu eu pitié de moi quand je t'implorais, ingrat?» répondit le Feu, qui pétillait de colère; et d'un jet de flamme il fit de Coquerico un charbon.
Quand le suisse aperçut son rôti dans ce triste état, il tira le poulet par la patte et le jeta par la fenêtre. Le Vent l'emporta sur un tas du fumier.
[Illustration]